Amélie Nothomb a souffert d’anorexie

https://youtu.be/nchi3gsmlew

Les débuts de la maladie

Dès l’âge de 13 ans et demi, Amélie Nothomb a souffert d’un trouble du comportement alimentaire, l’anorexie mentale. Celle ci fut dramatique. Elle avait décidé de ne plus jamais manger et s’est tenue à ce principe ; si bien, qu’au bout de deux ans, elle mesurait 1.70 mètre et pesait 32 kg!

La prise de conscience du risque mortel

A 15 ans et demi, elle a compris qu’elle risquait de mourir. Elle ne voulait pas mourir ! Elle voulait juste être la plus maigre du monde ! Elle avait malheureusement, au cours de ces deux dernières années, intégré la nourriture comme un démon, un diable.

Ses déclics et actes thérapeutiques
quand le corps force l’obéissance de l’âme

A 16 ans, en plein été alors qu’il faisait chaud, elle vécut comme une séparation corps et âme : son corps alla se nourrir en pleine nuit alors que son âme ne voulait pas! Son âme était en guerre complète contre son corps. Mais son corps, à ce moment l’a sauvée!

l’écriture-thérapie

A 17 ans , elle a commencé à écrire, sans ambition particulière d’écrivain : elle a commencé à écrire un roman, son premier roman, travail difficile, effectué sur deux ans d’efforts intenses. Elle ignorait encore que cette écriture fut thérapeutique puisque peu à peu, le corps et l’âme semblaient se ressouder, se réconcilier.

Elle allait de mieux en mieux suite à ce travail d’écriture, qui se révéla être un travail de suture du corps et de l’âme ; elle restait malade : pour elle, manger n’était pas naturel, était compulsif mais l’anorexie était en voie de résolution.

Elle explique aussi ici comment l’écriture et l’exil au Japon l’ont sauvé de l’anorexie.

l’exil

A 21 ans, elle partit à l’autre bout du monde :  de la Belgique, elle s’exila au japon, son pays natal. Le fait de de recommencer sa vie ailleurs lui procura un sentiment de nouvelle vie et de nouvelle identité qui a solutionné ses TCA.  Elle écrit toujours, aux premières lueurs de l’aube, 4 h par jour au minimum, intensément. Elle réalise alors qu’elle possède un corps qui fonctionne, qui peut produire, qui peut aimer, qui peut marcher en montagne … Elle livre son message dans ce témoignage : guérir de l’anorexie et d’autres troubles du comportement alimentaire est possible !

Elle se décrit toujours comme quelqu’un qui mange “bizarrement”, mais peu importe, elle mange avec plaisir et l’alimentation n’est plus un problème pour elle !

https://youtu.be/nchi3gsmlew

 

Que retenir de ce témoignage?

Authentique, sincère et sans fioritures, Amélie évoque cette décision abrupte d’arrêter de manger à l’âge de 13 ans. Cela va sans dire que de la pensée volontaire au passage à l’acte (celui de cesser de s’alimenter), s’insinue la maladie, avec  surtout, au départ un ou des traumatismes dont un qui semble majeur : le viol. D’autres facteurs retrouvés dans la maladie anorexique sont la précocité,  renforcée par un nomadisme culturel (d’origine belge, elle vit ses première années au Japon, suit ses parents en Chine, puis revient en Belgique à 17 ans, repart au Japon a 21 ans), la séparation d’avec sa gouvernante japonaise qu’elle considère comme une seconde mère, qui constitue pour elle un déracinement.

 

Amélie Nothomb évoque un jour la décision d’arrêter de manger ; pour certaines personnes, cela part de quelque chose de conscient, avec une “décision” à la clé, mais pour d’autres cela peut être un engrenage parfaitement inconscient : ces dernières découvrent un jour, lorsque le corps est trop affaibli, souvent avec stupeur, qu’elles souffrent d’anorexie mentale. Et entre ces deux extrêmes, il y a toute la palette intermédiaire de personnes avec des mécanismes plus ou moins conscients.

 

L’anorexie, qui faut-il le rappeler, est un trouble du comportement alimentaire reconnu et pouvant évoluer vers une maladie grave, peut atteindre n’importe qui, quelle que soit sa catégorie socio- professionnelle, sa nationalité, sa culture : elle peut arriver à des écrivains comme elle, des acteurs, des infirmières, des médecins (voir ici aussi), des psychologues, des danseurs, …

sac à idées pour vivre des fêtes de fin d’année plus sereinement lorsque l’on souffre de TCA

De nombreuses personnes s’interrogent et s’angoissent à l’approche des fêtes de fin d’année.

Elles apprécieraient avoir quelques informations qui pourraient les aider à vivre ce moment plus sereinement.

Ainsi, je me suis penchée sur ce sujet et vous livre quelques pistes de réflexion, en espérant que cela suscite chez vous qui souffrez de TCA des réflexions qui vous aident à avancer, à combattre vos démons, et peut être effectuer quelques pas de plus pour cheminer vers la guérison.

 

Tout d’abord, quelles questions vous posez vous?

Je vais devoir manger de tout en présence de ma famille, d’amis, cela m’angoisse, vais je y arriver?

Ou bien, je pense que je ne vais pas y parvenir, comment trouver un moyen de dissimuler mon problème?

J’appréhende les commentaires et jugements de mes proches, sur mon comportement alimentaire, sur mon apparence physique, voire même simplement sur mes idées?

Quels mets les plus hypocaloriques choisir?

Comment gérer les éventuelles douleurs digestives si je mange plus que ce dont j’ai l’habitude?

Et certainement moulte questions auxquelles je n’ai pas pensé…

 

Les réponses, vos réponses se trouvent dans les pistes de réflexion suivantes :

-quels SENS, quelles significations ont pour vous les fêtes de fin d’année?

-aimez vous les fêtes de fin d’année ou pas? pourquoi?

-Comment viviez vous les fêtes de fin d’année lorsque vous étiez plus jeune?

-Que feriez vous vous même pour aider une personne que vous aimez à vivre ce moment supposé festif dans les meilleurs conditions possibles ?

 

Il y a autant de réponses possibles que de personnes ! et les réponses se trouvent en chacun de vous… banalités me direz vous, et pourtant, cela vaut le coût que chacun y réfléchisse attentivement. Prenez un bloc notes et répondez précisément à toutes ces questions pendant une dizaine de minutes, cela vous aidera probablement.

 

Voici donc quelques idées :

Premièrement, l’esprit de communion, de partage

Que vous soyez croyant ou athée, l’esprit qui devrait se dégager systématiquement de ces retrouvailles est le partage, le fait de vivre un moment de communion, de rassemblement. Il est vrai que notre société de consommation galopante a, en grande partie, phagocyté la simplicité et  le minimalisme qui devraient être de rigueur. Ainsi certaines en auront l’appétit coupé juste à la vision de ces tables “orgiaques” , quand d’autres iront vomir l’abondance (qu’ils auront accepté par bienséance) en un coin plus reculé. Misez sur le plaisir des retrouvailles, des moments partagés, de ce que vous avez à offrir, sans focaliser sur le côté pantagruélique du repas.

 

 

Je disais donc simplicité :

Et si la simplicité commençait tout bonnement, dans notre comportement, à goûter un peu de tout (sauf vraiment les aliments exécrés : sur le plan émotionnel, cela s’appelle le dégoût et fait intervenir des zones du cerveau dont vous ne pouvez prendre le contrôle ! alors autant respecter votre corps tout de même), en quantité supposée physiologiquement acceptable (par le corps et l’esprit!), soit une demi paume à une paume de main selon votre appétit et le nombre de plats proposés  ; bien entendu, s’il y a trois entrées, deux plats de résistance, avec trou normand au milieu et chariot de desserts, il semble acceptable de ne prendre qu’un quart ou une demi paume de main en terme de quantité ; cela dit, ce type de repas doit bien durer 3 ou 4 heures, cela vous laisse le temps de digérer.

Ne vous forcez pas à terminer coûte que coûte la dinde ultra sèche de tante Simone  au risque d’ être dégoûté(e) à mi repas pour la journée entière. Ecoutez vous un peu aussi (votre instinct profond, avant la maladie, quel était il ?), il est probablement possible de trouver une demi mesure entre tout (prendre de tout trois fois pour faire plaisir aux autres et/ou obéir à votre pulsion boulimique puis tout rejeter ensuite) et rien ou quasi rien si le côté restrictif prend le dessus.

 

Et si l’on disait aussi dégustation ?

Ceci implique en petite quantité, mais aussi pleine conscience, en sachant apprécier le raffinement. Pendant le repas de Noël ou du nouvel An, il ne sera pas question de souvenir (voir la Madeleine de Proust) mais de vivre pleinement l’instant afin peut être de se forger des souvenirs mémorables, et qui sait, agréables : en lisant cette description, ne pensez vous pas que l’instant vécu était intense, plein, concentré ? Le sens du détail est tel qu’il ne peut que l’être! Eh oui, manger en pleine conscience fait partie des 3 axes de recherches actuels pour la gestion thérapeutique de l’anorexie et des TCA. Lors de la dégustation, mettez en action tous vos autres sens (autres que le goût), et appréciez le raffinement de la table de fêtes, de la délicate frise qui ceinture le rebord de votre assiette en porcelaine, de la tenue élégante de votre cousine, du soin que vous avez vous même apporté à votre tenue (d’abord pour vous et en accord avec vos goûts, ensuite pour ceux que vous appréciez).

 

Ensuite, je mentionnerai l’oubli

Oubliée la balance, une fois pour toute sauf pour votre suivi médical par l’équipe soignante, ET oubliez le comptage des calories! Je ne vous donnerai pas de recette pour prendre ce qu’il y a de moins calorique car cela ne serait pas en accord avec ce que je pense. Je ne jugerai pas toutefois que vous le fassiez, puisque cela fait partie de la maladie ; mais on est là pour réfléchir aux moyens de profiter, de lâcher prise, de communier, et non de calculer, de dissimuler, de faire semblant.

 

Une petite parapharmacie de soutien

Sauf contre indication par votre médecin, il est souvent possible d’avoir recours au :

-Charbon activé pour pour soulager les flatulences, les gaz intestinaux, les ballonnements, l’aérophagie, la mauvaise haleine, la diarrhée, la gastro-entérite.  A ne pas prendre en même temps que vos autres médicaments.

-Spasfon Lyoc en cas de douleurs digestives,

-Citrate de Bétaïne lorsqu’on en a “gros” sur le foie car il favorise le métabolisme hépatique : en somme, lorsque l’on éprouve des difficultés à digérer parce que l’on a ingéré plus que notre habituelle quantité, et/ou bien si les aliments sont plus riches qualitativement.

Eviter de boire de l’alcool surtout si vous prenez d’autres médicaments (anti dépresseurs entre autres).

Mastiquez lentement en savourant lors d’un exercice de pleine conscience, cela vous aidera à digérer.

 

 

 

Et si Noël, c’était votre Natalis?

Je fais référence ainsi à une nouvelle naissance,  une renaissance, une naissance de vous même sans la maladie ; cela ne pourrait s’accomplir en un jour, mais si c’était ou si c’est votre voeu, votre souhait le plus cher, pourriez vous vous donner comme ultime objectif de faire de ce jour le début du pèlerinage vers une vie sans TCA et vous y atteler sans relâche? Ce serait la meilleure promesse, le plus beau cadeau que vous pourriez vous faire.

Ce n’est pas si simple, me direz vous ; j’en ai pleinement conscience, j’ai accompagné la chair de ma chair dans la lutte contre l’anorexie et j’aurai tout donné pour la lui prendre cette maladie (y compris ma propre vie), mais jamais oh grand jamais je n’ai abandonné. Et le combat continue au quotidien. Tous les jours un pas de plus, même en descente (il faudra que le dénivelé soit toujours positif au terme de votre combat!), même quand c’est dur : patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. Et pour finir, soyez bienveillant et clément avec vous, comme vous le seriez avec la personne que vous chérissez le plus.

 

Je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d’année,  et vous invite à partager dans les commentaires vos astuces afin que tout le monde en profite. ZEN

 

Intérêts de la psychomotricité chez les personnes souffrant d’anorexie

 

En me rendant à l’hôpital pour une journée d’hospitalisation ambulatoire pour mon fils, j’ai vu en salle d’attente une jolie bande dessinée expliquant les intérêts de la psychomotricité. Cette discipline peut être utilisée dans le traitement de l’anorexie mentale. J’ai trouvé cela remarquable et souhaite vous le faire partager.

           Rôle du psychomotricien

Et vous, savez vous à quoi sert la psychomotricité?

Un psychomotricien, une psychomotricienne aide des individus à se réapproprier leur corps. l’individu est considéré dans sa globalité comme un corps, et un esprit. Travaillant sur prescription médicale, il a ses propres spécificités (n’est ni psychologue, ni kinésithérapeute). Ses fonctions et ses champs d’applications sont très variés : la thérapie, la rééducation, l’éducation, les troubles du comportement alimentaire, l’anxiété…

 

              Les items étudiés

Si cela va mal dans notre corps, c’est peut être que cela va mal dans notre tête et inversement : les deux états sont très étroitement liés. Une approche globale permet de faire un travail sur différents items afin de réharmoniser le corps et l’esprit dans un état de bien être, dans un cheminement de mieux être :

le tonus

-le schéma corporel et l’image du corps

-la motricité globale (équilibre et coordination), la motricité fine (graphisme, latéralité)

-organisation, orientation, représentation dans l’espace et dans le temps

 

               Les outils de travail

Le psychomotricien réalise avec son patient un bilan personnalisé afin de déterminer quels outils il va utiliser pour améliorer l’état de cette personne. Les outils doivent permettre à la personne de prendre conscience de son corps et d’éprouver du plaisir (=> bienfait corporel conscientisé : bienfait à l’esprit). Voici les différents outils à sa disposition :

-la voix, le chant

-le théâtre, le mime

-les activités manuelles et créatives

-l’eau, la balnéothérapie

-le toucher, le massage

-le mouvement, la danse

-la musique, les jeux de rythme

– les jeux sensorimoteurs, d’imitation, symboliques

-la relaxation, la respiration

 

Ainsi, dans les prises en charges hospitalières à temps complet ou en ambulatoire, divers ateliers en rapport avec les outils sus cités sont utilisés : peinture, sculpture, jeux de rôles, jeux sensorimoteurs, chant, relaxation. Des groupes peuvent être faits en fonction des préférences de chacun/e.

             Exemples

Au cours de son hospitalisation, mon fils a pu pratiquer la peinture, le dessin, la sculpture (pâte à sel), les jeux sensorimoteurs (circuit les yeux bandés en marchant pieds nus dans différentes matières : amas de billes, différents tissus, paille,  sable, plumes ; divers jeux de devinettes odorantes…).

Voici en images quelques unes de ses réalisations artistiques. Il garde ainsi de bons souvenirs de certains moments hospitaliers, en particulier le circuit les yeux bandés lui a beaucoup plu. Il est utile de savoir que l’hospitalisation n’est pas qu’une source de déplaisir et de souffrances.

 

 

Peinture avec les pieds

 

 

Pâte à sel

 

Lithogravure et lithographie

 

 

Et pour terminer, voici une sculpture en carton pâte (papier mâché) dans le service de psychopathologie du développement du centre TCA à Lyon, magnifique !

 

En psychomotricité, il ne s’agit pas pour le praticien d’évaluer les qualités techniques et/ou artistiques de l’individu mais sa capacité à lâcher prise, à prendre du plaisir dans l’activité et d’identifier ainsi en fonction de chacun les ateliers qui lui conviennent le mieux.

le milieu du mannequinat, la grande manipulation

Victoire Maçon Dauxerre (ex mannequin tombée dans l’anorexie) est l’invitée du journal de la santé avec Marina Carrère  d’Encausse. Victoire présente son livre “Jamais assez maigre, journal d’une top model“.

 

Ses débuts dans le mannequinat ressemblent à conte de fée (5 ans avant la sortie du livre).

Lorsqu’elle est repérée, on lui dit qu’elle est la future Claudia Schiffer (elle mesure 1.78m et pèse 58 kg, son IMC de 18 est déjà en dessous de la norme à 18 ans).

Une fois rendue en agence de mannequinat, les exigences pour prétendre à ce soi disant “rêve presqu’à sa portée” sont annoncées : entrer dans une taille  32 et faire moins de 90 cm de tour de hanches (faisait du 36).

Victoire a perdu 11 kg en 2 mois en  mangeant 3 pommes par jour ; elle ne savait alors malheureusement pas dans quoi elle s’engageait ! Elle venait de rater son concours de sciences Po et une nouvelle opportunité de réussir s’offrait à elle. Tous les désastreux mécanismes de l’anorexie se sont malheureusement enclenchés : d’abord l’ingestion de quantités minimales puis, lorsqu’elle ne perdait plus de poids, la prise de laxatifs puis elle s’est mise à faire des lavements. En voyageant en permanence pendant 6 mois, elle ne voyait pas sa famille et était ainsi dans le déni total de la maladie.

Plusieurs symptômes se sont alors manifestés : elle avait toujours très froid, mal au ventre, sa pilosité s’était accrue, elle présentait des évanouissements (elle a vu une autre mannequin mourir en coulisses d’un arrêt cardiaque). Victoire mentionne “c’est criminel : tout le monde le sait mais personne n’en parle !”  Une autre fille est “tombée dans les pommes” dans un shooting et on lui a amené du poulet! C’est la preuve que l’on sait pertinemment l’état de dénutrition avancée dans lequel sont ces jeunes filles ! Les mannequins n’ont pas plus de considération qu’un objet :  on les appelle d’un claquement de doigts, on les empêche de se couvrir lors des shooting même si elles sont transies de froid.

Victoire évoque des séquelles à vie  : une  relation conflictuelle avec la nourriture ; et au plus mal de sa maladie, une tentative de suicide assortie de 3 mois d’hospitalisation ; elle est à présent sortie d’une  situation de détresse  mais est sujette aux crises d’angoisse, ressent de la culpabilité en mangeant.

Ainsi, elle conclut : “mieux vaut ne jamais tomber dedans , mieux vaut prévenir que guérir car il est très dur de s’en sortir”.

 

Voici un autre lien sur le même thème, qui vous conduit à l’ émission, “trop grosse pour être mannequin” présentée par Sophie Davant et dans laquelle 3 jeunes mannequins témoignent ; également dans cette émission, Nicolas Sahuc diététicien, spécialiste en TCA parle des conséquences graves de la sous alimentation sur l’organisme et Nathalie Garçon , créatrice de mode, dénonce ce diktat de la maigreur dans le milieu de la mode.

CHRONIQUE DE LIVRE : l’orthorexie, quand manger sain devient obsessionnel

 

Voici dans cet article une chronique d’un livre “l’orthorexie, quand manger sain devient obsessionnel” que j’ai trouvé fort pertinent et bien construit.

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L’auteure, Renée Mac Gregor est diététicienne et nutritionniste spécialisée en sport de haut niveau. Elle accompagne depuis  plus de 10 ans les équipes olympiques et paralympiques du Royaume Uni. Elle est l’auteure de Training food, Votre coach nutrition avant, pendant et après l’entraînement.

 

Qu’est ce que l’orthorexie ?

De façon succincte, l’orthorexie est le fait de vouloir manger sain exclusivement, comportement qui devient obsessionnel.

A travers cet ouvrage, Renne Mac Gregor, décortique une nouvelle tendance alimentaire, peut être en passe d’être répertoriée par le DSM 5 (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) comme un nouveau trouble du comportement alimentaire.

Ce comportement alimentaire peut réellement empoisonner des vies dès lors que l’individu qui l’adopte n’a plus le recul suffisant  pour évaluer l’impact de cette conduite sur sa santé. L’individu est emprisonné dans sa conduite et les conséquences de celle ci lui échappent.

La qualité sanitaire de son alimentation devient obsessionnelle et le comportement lié au choix des matières alimentaires devient compulsif : le plaisir de manger disparait, seules comptent les règles alimentaires strictes que l’individu orthorexique s’est fixées.

L’orthorexia nervosa, cette idée de “manger propre” peut être véritablement invalidante et déstructurante pour les personnes qui en souffrent. L’objectif de cet ouvrage est d’expliquer comment manger sain peut mal tourner et comment faire pour lutter contre cela.

Renée Mc Gregor décline ce livre en quatre parties.

Première partie, l’orthorexie , SES causes et Ses symptômes.

Le terme “orthorexie” voit le jour en 1996 lorsqu’un médecin américain, le Dr Steven Bratman observe des patients présentant une obsession de se nourrir sainement : il nomme alors ce comportement “orthorexia nervosa ” autrement dit l’obsession d’une alimentation correcte.

L’auteur, dans un tableau comparatif, décline  les troubles alimentaires suivants : l’anorexie nerveuse, la boulimie nerveuse et l’orthorexie nerveuse, en comparant notamment les grandes tendances pour chaque trouble, l’image du corps associé, les symptômes physiques, et émotionnels. Il en découle que l’orthorexie, n’est pas une unique volonté de manger sain mais traduit une obsession de la recherche de pureté dans la façon de vivre.

Un schéma à bulles traduit les différentes caractéristiques (communes ou isolées) de l’orthorexie corrélées aux TOC et à l’anorexie.

Les causes de l’orthorexie

Elle dénonce le concept “trop d’information tue l’information” : en fait, l’information mal utilisée ou mal interprétée par l’individu qui la reçoit peut être hautement nuisible. Or, de nos jours, la compétition dans la presse est ardue : quel journal va sortir le meilleur régime express? quel promet tel ou tel résultat en moins de X jours, pour être la plus belle en maillot de bain, le plus musclé ? Ceci n’est même pas caricatural… Et c’est bien dommageable. Ainsi, savoir trier l’information, surtout à cette époque d’explosion des réseaux sociaux,  pour ne pas subir la désinformation reste crucial. Les personnes vulnérables sur le plan psychologique et /ou somatique sont des cibles faciles pour ces vendeurs de rêve. Ces personnes doivent donc impérativement être suivies sur le plan médical et /ou psychothérapeutique, ce qui, lors de maladies “psychologiques”, demande parfois plusieurs années.

Les individus qui dérivent vers un comportement orthorexique ont souvent pour objectif le perfectionnement d’eux mêmes, par la qualité de leur alimentation : il s’agit d’un facteur sous jacent fondamental. Il est plutôt bien, me direz vous, d’être à la recherche de perfectionnement de soi même : toutefois, lorsque cet objectif est celui de personnes ayant peu d’estime d’elles mêmes, de confiance en elles, ayant un besoin excessif d’être parfaites, ou un manque d’auto compassion, le comportement alimentaire devient alors souvent source de stress, d’anxiété et le cercle vicieux s’installe.

les symptômes de l’orthorexie

Le fait de se cacher derrière une allergie alimentaire, pourtant non diagnostiquée est commun chez les individus orthorexiques. Une intolérance ou une allergie alimentaire reste un diagnostic médical.

Des individus souffrant de TOC (troubles obsessionnels compulsifs) sont plus susceptibles d’être atteints d’orthorexie. Cela s’explique notamment par un besoin de contrôle permanent sur tout et n’importe quoi, qui leur donne l’illusion d’avoir le contrôle de leur vie.

Les individus orthorexiques peuvent avoir des rituels particuliers en lien avec la nourriture, refuser de manger les repas concoctés par quelqu’un d’autre, refuser les invitations qui impliquent la prise de repas. Ces personnes expriment parfois des remords d’avoir transgressé les règles, éprouvent un sentiment de culpabilité.

Pour déjouer les pièges de la désinformation, de l’injonction perpétuelle via internet, via la presse,  des mythes de “manger propre”, chacun doit trouver ses propres ressources dans lesquelles puiser, et déterminer ses besoins spécifiques. Nous sommes tous des funambules en équilibre, mais chacun son fil, chacun son pas, sa hauteur…

 

Deuxième partie : régime et nutrition, les fausses promesses de l’orthorexie

En théorie, Manger est naturel et ne doit pas être une source de privation, ni suivre des règles strictes. Cela devrait être ainsi donc en pratique, pour tous.

Si des changements nutritionnels sont instaurés, ils sont supposés être durables, positifs et améliorer la santé de l’individu. C’est lorsque ces changements deviennent obsessionnels ou contraignants qu’ils enferment l’individu dans un trouble de l’alimentation sous-tendu par une fausse promesse.

De par sa résilience, le corps soumis à certaines privations va s’adapter pour continuer à fonctionner. L’Orthorexie est un trouble alimentaire difficile à repérer tant que la situation n’est pas devenue extrême.

 

Les besoins nutritionnels du corps

Il y a 11 systèmes principaux dans le corps, et chacun d’entre eux nécessite une nutrition optimale et équilibrée pour son fonctionnement, faisant en général appel à toute la diversité des macros nutriments et ainsi à toutes les familles d’aliments.

Le système circulatoire et cardio-vasculaire, le système digestif, le système endocrinien, le système exocrine, le système immunitaire, le système musculo – squelettique,  le système nerveux, le système rénal, le système reproducteur, le système respiratoire, le système sensoriel. Tous ces systèmes ont besoin d’hydrates de carbone, de protéines, de graisses comme macro nutriments.

Ils ont aussi besoin de micro nutriments : Fer, calcium, potassium, zinc, vitamines, D C B….

 

une kyrielle de régimes

L’auteur décline ensuite les régimes pauvres en glucides , en graisses, pauvres en produit laitier , riches en protéines, pauvres en gluten, sans sucres… : elle explique quelles sont les promesses de chaque régime, puis élabore une critique constructive en déterminant quelles sont les assertions vraies et celles qui relèvent de l’imposture.

Elle analyse également quelles sont les quantités recommandées dans chaque famille de macro nutriments.

Ce cortège de régimes, qui fait en permanence les gros titres des magazines afin de vendre du rêve peut donc s’avérer toxique ; seul un médecin nutritionniste, un diététicien ou autre professionnel de santé (gastro-entérologue, endocrinologue…) peut dans l’absolu  indiquer individuellement si quelqu’un a besoin de tel ou tel “régime”.

Troisième partie,  comment se libérer de l’Orthorexie.

Premièrement il est important de rappeler que seuls les professionnels de santé peuvent établir un diagnostic de maladie de Crohn, d’intolérance au gluten,…

Deuxièmement, Internet si merveilleux soit-il est le lieu d’une abondance en informations mais aussi de désinformation.

En effet personne ne régule qui “poste” quoi, et qui prétend être un expert dans son domaine.

L’auteur retient le principe de la modération, et surtout elle l’explique.

Aucune nourriture ne doit être diabolisée!

De surcroît, l’équilibre alimentaire dépend de l’activité physique de l’individu : modérée, sédentaire ou très actif.

Si l’individu ne sait plus se repérer au milieu de toutes ces “injonctions” nutritionnelles, il doit faire appel à un diététicien, ou un médecin nutritionniste qui établira de façon personnalisée le meilleur régime alimentaire.

Manger sainement est finalement une affaire d’équilibre nutritionnel, à atteindre sur une certaine durée et non pas sur une journée.

 

Il est important aussi de s’écouter, de respecter ses goûts et de prendre plaisir à composer de nouvelles assiettes, la nourriture devant être considérée comme un ami, et/ou comme un art (Alexia Savey en témoigne dans sa demande aux grands chefs de l’aider à combattre sa maladie).

Il est urgent d’écouter son corps et de faire confiance à cette capacité innée que nous avons tous de réclamer une nourriture spécifique quand quelque chose nous fait défaut. Il est important de relâcher les règles et prendre confiance en soi pour échapper à l’Orthorexie.

Prendre soin de son esprit et faire preuve d’auto compassion sont des capacités fondamentales à développer, à travailler chez l’individu orthorexique.

L’exercice physique pratiqué de façon adaptée permettra également d’équilibrer le corps et l’esprit (relâchement du corps et des tensions, régulation et évacuation du stress par la production d’endorphines naturelles…) .

Quatrième partie : comment croquer la vie à pleines dents

Si vous pensez être atteint d’orthorexie, il est conseillé de :

– s’entourer de professionnels compétents avec lesquels instaurer une relation de confiance : médecins en cas de troubles somatiques, spécialistes de la nutrition (diététicien, médecin nutritionniste, experts de la santé mentale (psychothérapeute psychologue psychiatre). Renée Mc Gregor détaille comment choisir ses thérapeutes.

-prendre de la distance avec les réseaux sociaux (savoir qu’une méthode qui marche pour l’un ou l’une peut ne pas fonctionner pour un/e autre voire être contre indiquée), de pratiquer le yoga et/ou la méditation

accepter les divers plaisirs de la vie, notamment celui de manger mais pas uniquement (apprécier trois choses simples par jour : concept à rapprocher de la méditation de pleine conscience), ne pas viser la perfection en permanence ce qui est impossible et dès lors cause de la frustration et du déplaisir!

 

Renée Mc Gregor émet le souhait d’accroître la prise de conscience collective concernant l’orthorexie : l’orthorexie existe probablement depuis longtemps mais est mal documentée et peu connue ; pourtant, elle peut être un trouble grave menant parfois à d’autres TCA, et gagne à être mieux connue et dépistée.

remarque : Une grille d’évaluation (ORTO-15) existe pour diagnostiquer l’orthorexie mais est sujette à controverses (échantillonnage, fiabilité des réponses…)

 

 

J’espère que cette chronique vous a plu et vous incitera à lire cet ouvrage fort enrichissant !

Dépasser l’utopie, vers une symbiose thérapeute/co-thérapeute ?

Je défends ardemment dans mes derniers articles la position de Solange Cook Darzens, docteur en psychologie et thérapeute familiale (hôpital Robert Debré, Paris) : elle prône une collaboration étroite entre thérapeutes et parents : ces derniers sont intégrés dans la thérapie en tant que co-thérapeutes dans l’intérêt premier du malade. On redonne à la famille un rôle clé et un sentiment de compétence.

En effet, selon le Dr Cook Darzens, les familles ne doivent pas être tenues à l’écart de la prise en charge par les professionnels mais être partie prenante, accompagnées, déculpabilisées et valorisées.

 

 

Dans cet article,  je vois cette collaboration étroite entre l’équipe médicale et les parents comme une symbiose.

 

Qu’est ce qu’une symbiose?

Une symbiose est, selon la définition du Larousse, une association étroite de deux ou plusieurs organismes différents (on y verra dans ce cas une association entre deux ou plusieurs humains), mutuellement bénéfique, voire dans certains cas indispensable à leur survie. La symbiose est fréquente entre les micro-organismes [symbiotes] et des plantes ou des animaux.

Sur un  plan émotionnel, il s’agit d’une relation marquée par une union très étroite et très harmonieuse.

 

Allez, une magnifique métaphore, en image :

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(issue du magazine Okapi 10-15 ans, septembre 2018)

 

Vous pouvez observer un poisson à l’intérieur d’une méduse : il ne semble pas souffrir des propriétés urticantes de la méduse, et celle ci lui garantit abri et protection contre d’éventuels prédateurs. Lorsque le poisson sera plus grand, il délaissera la méduse.

 

Quelles analogies cette image peut-elle nous laisser imaginer?

Plusieurs scénarii, selon votre imagination, sont possibles ! En voici un :

  • Ce que l’équipe soignante apporte à la famille :

  • L’équipe soignante, à l’image faussement urticante pour certaines familles, n’est pas là pour juger une famille dysfonctionnelle, psychosomatique ou anorexigène comme ce fut le cas il y a quelques années. Les équipes bien formées, possèdent ces tentacules enveloppantes, visant à accompagner la famille avec tact et bienveillance, afin d’extraire par le dialogue, puis de mobiliser, les compétences familiales contribuant à la guérison.
  • La famille, représentée par le poisson, pourra construire un partenariat solide, une alliance thérapeutique, qui lui permettra, petit à petit de vaincre les dysfonctionnements familiaux installés et amplifiés suite à la crise anorexique.
  • Ainsi, la collaboration famille/thérapeute se révèle être une des pierres angulaires de la prise en charge thérapeutique du patient anorexique. Et pour preuve, c’est bien la collaboration, la coopération qui a fait de l’homo sapiens sapiens l’espèce “souveraine” sur notre planète, comme en témoigne le brillant auteur Yuval Noah Harari dans son ouvrage Homo Deus.

 

           Les détracteurs de cette idée de collaboration argueront que la famille n’est pas le thérapeute du malade. Et cela est fort regrettable. En effet, lorsqu’elle est guidée et aiguillée par une équipe médicale à l’écoute et compétente en thérapie familiale, l’immense majorité des familles recèle des forces insoupçonnées permettant de contribuer à la guérison de la maladie d’un de ses membres.

 

Afin de rebondir positivement sur le partenariat en bonne intelligence, on peut constater que certains hôpitaux  en Europe (Maudsley hospital, Londres, voir le documentaire Chère Anorexie) proposent des modules de formation dans la gestion de l’anorexie mentale communs  aux infirmiers et aux parents, tant leurs besoins et objectifs sont jugés proches : tous veulent la prise en charge efficace et la guérison de l’individu souffrant d’anorexie ! Un projet utilisant la participation active d’anciens malades semble en cours au CHU d’Angers.

 

Et qu’apporte le poisson à la méduse? En d’autres termes, qu’apporte la famille à l’équipe soignante?

Chaque famille tente de mobiliser, comme elle peut, les ressources afin de faire face à la maladie ; cela s’appelle le “coping”. L’harmonie familiale est fortement ébranlée par la maladie de l’un de ses membres ; le “coping” peut être inadapté ou maladroit mais grâce à la bienveillance et l’encadrement professionnel d’une équipe bien formée en TCA, la famille peut identifier efficacement ses compétences et ainsi devenir co-thérapeute efficient, et n’est plus seulement un co-patient.

 

En plus de votre TCA, souffrez vous de phobie scolaire?

Quand un enfant, assez souvent bon élève, ne PEUT plus aller à l’école, quelles sont les raisons de ce blocage ?

Quelles sont les solutions ?

Comment faire face à cette situation de détresse familiale quand une phobie scolaire se déclare ?

Il y aurait  1 à 5% des enfants (plutôt des adolescents)  concernés par la phobie scolaire !

Dans CETTE EMISSION parue le 7 septembre 2017, Pascal Praud, journaliste, reçoit notamment Luc Mathis, président de l’Association Phobie Scolaire : ce dernier fait un travail remarquable dans l’accompagnement des familles.

A retenir :
« Ce n’est pas vraiment de la phobie et ce n’est pas uniquement scolaire » Luc Mathis

 

 

Parmi les facteurs déclenchants d’une phobie scolaire, on relèvera :
– un manque d’estime de soi chez l’enfant,
– des situations de harcèlement (autres enfants, un professeur),
– la peur panique des notes,
– une forme ou une autre de précocité intellectuelle (surdoué, hpi= haut potentiel intellectuel),
– le décès d’un proche,
– une situation familiale difficile,
– une mauvaise prise en charge à l’école,
– des troubles de l’apprentissage (dyslexie…),
– une pression familiale très forte autour de la réussite scolaire,
– une fragilité de l’enfant liée à l’anxiété,
– etc.

 

On retrouve dans cette émission une intervenante incontournable dans les TCA, pédopsychiatre à l’hôpital Robert Debré : Marie France Le Heuzey ! dont j’ai souvent parlé dans mes  articles précédents

 

Pour aller sur le site de l’association Phobie scolaire, cliquez ici.

 

Si vous pensez souffrir de phobie scolaire, rapprochez vous de votre médecin et de votre (pédo)psychiatre.

 

 

Où trouver de l’aide?

En cliquant sur la page de la FFAB Fédération Française Anorexie Boulimie, vous trouverez de l’aide, à savoir :

  • une permanence téléphonique (0 810 037 037,                 0.06 euro/minute + prix appel) du lundi au vendredi, de 16 à 18 heures et
  •  l’annuaire des spécialistes en TCA référencé par l’AFDAS TCA.
  • des articles pour comprendre l’anorexie et la boulimie

En cas de mal être profond, ne restez pas seul !

 

“Les familles face à l’anorexie” par Solange Cook Darzens

Dossier ” anorexie, boulimie : prévenir, éduquer, soigner “

Solange Cook-Darzens
Docteur en psychologie, thérapeute familiale,
service de psychopathologie de l’enfant et
de l’adolescent, hôpital Robert-Debré, Paris.

Les familles face à l’anorexie

L’anorexie est la résultante de facteurs multiples, pourtant les familles sont encore parfois tenues pour responsables de la pathologie de leur enfant. Les familles ne doivent pas être tenues à l’écart de la prise en charge par les professionnels mais être partie prenante, accompagnées, déculpabilisées et valorisées. État des lieux des connaissances et conseils aux professionnels.

Dès l’identification de l’anorexie mentale, au XIXe siècle, les parents ont été jugés responsables de cette maladie chez leur fille adolescente, et le XXe siècle a vu émerger des théories dont la caractéristique essentielle est de véhiculer une vision pathologique de la famille ou de certains de ses membres. Les mères, puis les pères, puis les familles entières ont ainsi été successivement impliqués dans la survenue des troubles du comportement alimentaire (TCA). Ce ” folklore professionnel “, comme certains psychiatres anglo-saxons l’appellent, s’est autorenforcé au fil des décennies pour déboucher sur un certain nombre de pratiques thérapeutiques consistant soit à tenir la famille à l’écart de la jeune patiente (hospitalisation assortie d’une séparation du milieu familial), soit à l’impliquer dans un travail familial destiné à réparer ses défaillances (thérapie familiale). Ces pratiques entraient malheureusement en résonance avec le doute et la culpabilité des familles, renforçant une atmosphère d’inquiétude et d’incompétence peu propice à la mobilisation des ressources de la famille.

Quelle responsabilité familiale ?

Au cours des quatre dernières décennies, de nombreux cliniciens ont avancé l’existence de perturbations ou particularités familiales censées favoriser l’émergence des TCA. Par exemple, on a longtemps pensé que la famille d’une anorexique présentait une structure particulière, caractérisée par un niveau socio-économique élevé, des parents plus âgés que la moyenne, un taux de divorce faible comparé à la population générale et une prépondérance du nombre de filles dans la fratrie. Certains cliniciens d’orientation psychodynamique ont émis l’hypothèse de relations précoces défaillantes entre la mère et la future patiente, qui encourageraient précocement l’enfant à satisfaire les besoins de sa mère au détriment des siens propres (1). Enfin, certains pionniers de la thérapie familiale, notamment S. Minuchin (2) et M. Selvini-Palazzoli (3), ont affirmé, dès les années 1960-1970, l’existence d’une famille dite psychosomatique ou anorexigène, marquée par l’enchevêtrement relationnel, la surprotection, la rigidité, l’évitement du conflit et une tendance à impliquer la future patiente dans des conflits conjugaux latents. Le symptôme alimentaire permettrait de détourner l’attention familiale de cette mésentente parentale et de maintenir le consensus, protégeant ainsi la famille de tout changement ou de toute séparation. De nombreux thérapeutes familiaux ont adopté cette conception des familles d’anorexiques et proposé un travail familial visant à modifier ces transactions pathogènes.
Depuis les années 1980, les travaux scientifiques qui ont cherché à vérifier l’existence de ces particularités familiales n’ont pas pu les confirmer (4). Les familles d’anorexiques se caractérisent par une grande diversité de fonctionnements, souvent non pathologiques, même si elles tendent à montrer plus d’insatisfaction et de détresse que les familles dites normales (5). En revanche, il a été démontré que la qualité du fonctionnement familial est un facteur de guérison non négligeable et que la manière dont la famille réagit à l’anorexie après sa survenue influence beaucoup l’évolution de la maladie (6). La notion de cause familiale doit donc être remplacée par celle, plus nuancée, de facteurs familiaux de risque ou de protection, de maintien ou d’amélioration, dans un continuum de fonctionnement allant d’optimal à très perturbé. La plupart des familles se situent vraisemblablement au milieu de ce continuum (ni exceptionnelles ni délétères), avec des dysfonctionnements inévitablement amplifiés par la crise de l’anorexie mais aussi avec des compétences pouvant contribuer à la guérison. Ce sont ces ressources que l’accompagnement familial doit chercher à mobiliser, tout en aidant les familles à résoudre les dysfonctionnements risquant de pérenniser ou d’aggraver le trouble.

Familles et thérapies

La thérapie familiale a très tôt été identifiée comme étant particulièrement efficace dans le traitement de l’anorexie mentale de l’adolescent et de l’enfant (7). Il est actuellement établi que la famille, y compris la fratrie, doit toujours être impliquée dans la prise en charge du jeune anorexique (8). Il ne s’agit plus de rechercher un problème familial à réparer mais au contraire de construire un partenariat solide avec la famille, qui lui donne un rôle de ” cothérapeute ” plutôt que de ” copatiente “.
En s’appuyant sur cette alliance thérapeutique, il est important d’aider la famille à re-trouver un sentiment de compétence et d’efficacité, souvent mis à mal par les symptômes alimentaires et les conflits qu’ils génèrent. Qu’est-ce qu’une famille compétente ? C’est une famille cohésive et structurée, empathique vis-à-vis de l’adolescente, ouverte au changement et à la remise en question. Les parents doivent être informés sur le trouble, ses causes, ses répercussions et ses mécanismes essentiels. Ils doivent également comprendre l’idée que l’anorexie représente pour leur fille une solution, certes inadéquate et dangereuse, mais une solution quand même, à un grand mal-être psychologique et relationnel qui, pour diverses raisons, n’a pas pu s’exprimer autrement. Cette vision les aidera à mieux accepter le refus et le déni inhérents à l’anorexie mentale : refus de nourriture, refus de reconnaître la maladie, déni de la maigreur, et refus d’aide et de soins. Les parents doivent également former une équipe solide qui s’implique dans la résolution des symptômes alimentaires sous des formes variant selon l’âge et les besoins de leur fille. Ils doivent apprendre à ne pas se rendre complices de certains comportements symptomatiques : la tyrannie alimentaire (” Je ne mangerai de féculents que si ma mère en mange “), l’achat de yaourts à 0 %, les promenades forcenées à 11 heures du soir, etc. Enfin, ils doivent développer dans la durée un positionnement patient, confiant et empathique vis-à-vis des difficultés de leur fille, tout en restant attentifs aux besoins des
autres membres de la famille. Tout cela ne s’invente pas, même si certaines familles ont plus de facilité que d’autres à adopter cette posture dans la durée.

Quelques repères

Les équipes scolaires peuvent être les premières à repérer les signes avant-coureurs du trouble. Il est important qu’elles fassent part de leurs observations à la famille en évitant d’être critiques ou de rechercher des défaillances familiales. L’enseignant devra rester dans son rôle professionnel et éviter de devenir le thérapeute de l’enfant.

Il est important que les professionnels concernés ne se mettent pas en concurrence avec la famille et ne cherchent pas à démontrer à la famille qu'” ils vont réussir là où la famille a échoué “. Cela est particulièrement vrai dans les relations avec les équipes scolaires et hospitalières (infirmières, médecins scolaires, professeurs, équipes de soins, etc.).

Dans la mesure du possible, les professionnels de santé doivent écouter la culpabilité, l’impuissance, le sentiment d’échec, mais aussi l’agressivité et le déni des familles et de la jeune anorexique, et soutenir tout mouvement permettant d’apaiser ce vécu difficile. Écoute et soutien favoriseront la construction d’une prise en charge appropriée sans perte de temps, une mobilisation des compétences familiales et une meilleure empathie de la famille vis-à-vis des difficultés de la patiente.

Les professionnels de la santé et de l’éducation doivent être suffisamment informés sur la maladie, son étiologie, son devenir, et le rôle que peut jouer la famille dans l’amélioration des troubles, pour pouvoir partager ces informations avec la famille et ainsi contribuer à une vision plus commune et déculpabilisée des processus anorexiques. Ce type de guidance psychoéducative redynamise la famille et aide à créer une alliance thérapeutique de qualité (9).

Les processus impliqués dans l’anorexie et sa guérison sont complexes et plurifactoriels. Ils nécessitent une équipe pluridisciplinaire pour y faire face, et la famille doit faire partie de cette équipe.

Dans la mesure du possible, les professionnels impliqués doivent encourager la famille à engager un travail familial avec un thérapeute familial ayant l’expérience des TCA et s’appuyant sur des modèles de thérapie familiale visant à mobiliser la famille en tant que facteur d’amélioration (10).

Si la jeune fille a été hospitalisée pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, le retour à une vie normale génère souvent de nombreuses angoisses. Une bonne collaboration entre la famille, l’équipe soignante et l’équipe scolaire permet de préparer le retour à l’école et aide la jeune fille à gérer ou résoudre des craintes souvent très fortes concernant le regard des autres, sa réintégration sociale, son rattrapage scolaire et son retour à la cantine. Les enseignants doivent également savoir que le chemin vers la guérison passe souvent par une diminution des tendances perfectionnistes, notamment dans le travail scolaire.
Nous devons garder à l’esprit que l’anorexie, une maladie grave dont l’évolution se fait souvent dans la durée, malmène fortement les forces vives de la famille y compris de la fratrie, paralyse les trajectoires familiale et individuelles et imprime à la famille une identité morbide, au détriment de processus plus sains, souples et ouverts au changement. Quelle que soit la qualité de vie familiale avant l’anorexie, il est impossible pour une famille de vivre l’anorexie au quotidien sans en être perturbée. Les risques de cercles vicieux relationnels et de découragement sont infinis. L’accompagnement familial est une nécessité, que ce soit sous forme de thérapie familiale, de groupes multifamiliaux en milieu associatif ou hospitalier (11), de psychoéducation parentale ou de rencontres informelles entre professionnels et familles.

Références bibliographiques
(1) Bruch H. Les yeux et le ventre : L’obèse,
l’anorexique. Paris : Payot, 1975 : 446 p.

(2) Minuchin S., Rosman B.L., Baker L. Psychosomatic families: Anorexia nervosa in context. Cambridge: Harvard university press, 1978.

(3) Selvini-Palazzoli M. Self-starvation: From the intrapsychic to the transpersonal approach to anorexia nervosa. New York: Jason Aronson, 1978.

(4) Eisler I. Family models of eating disorders. In: Szmukler G., Dare C., Treasure J. (sous la dir.). Handbook of eating disorders: Theory, treatment and research. New York: Wiley, 1995.

(5) Cook-Darzens S., Doyen C., Falissard B., Mouren M.-C., Self-perceived family functioning in 40 French families of anorexic adolescents: Implications for therapy. European Eating Disorders Review 2005; 13: 223-36.

(6) Strober M., Freeman R., Morrell W. The long-term course of severe anorexia nervosa in adolescents: Survival analysis of recovery, relapse, and outcome predictors over 10-15 years in a prospective study. Int J of Eat Disord. 1997 ; 22(4) : 339-60.

(7) Russell G.F., Szmukler G.I., Dare C., Eisler I. An evaluation of family therapy in anorexia nervosa and bulimia nervosa. Arch Gen Psychiatry 1987 ; 44(12) : 1047-56.

(8) Nice. Eating disorders: Core interventions in the treatment and management of anorexia nervosa, bulimia nervosa and related eating disorders. Londres: National Institute of Clinical Excellence, 2004.

(9) Doyen C., Cook-Darzens S. Anorexie, boulimie : vous pouvez aider votre enfant. Paris : Dunod-Interéditions, coll. Vivre sa vie, 2004 : 264 p.

(10) Cook-Darzens S. Thérapie familiale de l’adolescent anorexique. Approche systémique intégrée. Paris : Dunod, coll. Psychothérapies, 2002 : 264 p.

(11) Cook-Darzens S., Doyen C. Thérapie multifamiliale de l’adolescent anorexique: une expérience ambulatoire. In : Cook-Darzens S. (sous la dir.). Thérapies multifamiliales. Des groupes comme agents thérapeutiques. Ramonville Saint-Agne : Érès, coll. Relations, 2007 : 384 p.

LA SANTÉ DE L’HOMME 394 | MARS-AVRIL 2008 | Pages 35-36

Libre de droits, sous réserve de mentionner la source

 

Suite à cette analyse fine et très juste du Docteur Cook Darzens, je lui témoigne à nouveau mon respect et ma gratitude. Le regard porté sur la maladie, son empathie envers les familles sont des ressources vitales!

Analyse des réponses au sondage “durée de la maladie anorexique”

Voici une analyse des réponses qui m’ont été fournies suite à la question posée dans le groupe d’entraide TCA sur Facebook nommé “TCA-Anorexie, témoignages, conseils”.

 

Voici la question posée :

Pour celles/ceux qui ont guéri de l’anorexie, combien de temps a duré votre maladie?

 

J’ai analysé les réponses au bout de 3 jours. J’ai obtenu 19 réponses.

Dans ces 19 réponses, il y a 17 filles et 2 garçons.

12 personnes mentionnent qu’elles ne sont pas guéries dont l’une est hospitalisée depuis trois mois. Quatre personnes sont en cours de guérison. Une personne ne précise pas si elle est guérie ou pas. Deux personnes sont guéries.

 

La durée moyenne de la maladie (15 personnes précisent la durée) est de 10,1 ans soit dix ans pour arrondir. Il y un gros biais de recrutement puisque les personnes qui sont guéries sont probablement moins pro actives dans le groupe voire ont quitté le groupe. Ainsi la durée est  surestimée par rapport à la moyenne généralement communiquée (7ans).

Il y a trois personnes dont la maladie dure depuis 19, 25 et 27 ans : en particulier pour celles là mais bien sur pour toutes les autres, ne lâchez rien, n’abandonnez jamais votre combat ; il y est possible de s’en sortir, même au bout de 25 ans ou plus de maladie  !! Je vous encourage tous très vivement à lire le livre témoignage de  Nicole Desportes dans son livre “Voyage jusqu’au bout de la vie”, livre préfacé par l’éminent Philippe Jeammet, professeur émérite de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’université Paris-Descartes.

 

A chacun de vous, je dis “A votre guérison” !!