Dépasser l’utopie, vers une symbiose thérapeute/co-thérapeute ?

Je défends ardemment dans mes derniers articles la position de Solange Cook Darzens, docteur en psychologie et thérapeute familiale (hôpital Robert Debré, Paris) : elle prône une collaboration étroite entre thérapeutes et parents : ces derniers sont intégrés dans la thérapie en tant que co-thérapeutes dans l’intérêt premier du malade. On redonne à la famille un rôle clé et un sentiment de compétence.

En effet, selon le Dr Cook Darzens, les familles ne doivent pas être tenues à l’écart de la prise en charge par les professionnels mais être partie prenante, accompagnées, déculpabilisées et valorisées.

 

 

Dans cet article,  je vois cette collaboration étroite entre l’équipe médicale et les parents comme une symbiose.

 

Qu’est ce qu’une symbiose?

Une symbiose est, selon la définition du Larousse, une association étroite de deux ou plusieurs organismes différents (on y verra dans ce cas une association entre deux ou plusieurs humains), mutuellement bénéfique, voire dans certains cas indispensable à leur survie. La symbiose est fréquente entre les micro-organismes [symbiotes] et des plantes ou des animaux.

Sur un  plan émotionnel, il s’agit d’une relation marquée par une union très étroite et très harmonieuse.

 

Allez, une magnifique métaphore, en image :

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(issue du magazine Okapi 10-15 ans, septembre 2018)

 

Vous pouvez observer un poisson à l’intérieur d’une méduse : il ne semble pas souffrir des propriétés urticantes de la méduse, et celle ci lui garantit abri et protection contre d’éventuels prédateurs. Lorsque le poisson sera plus grand, il délaissera la méduse.

 

Quelles analogies cette image peut-elle nous laisser imaginer?

Plusieurs scénarii, selon votre imagination, sont possibles ! En voici un :

  • Ce que l’équipe soignante apporte à la famille :

  • L’équipe soignante, à l’image faussement urticante pour certaines familles, n’est pas là pour juger une famille dysfonctionnelle, psychosomatique ou anorexigène comme ce fut le cas il y a quelques années. Les équipes bien formées, possèdent ces tentacules enveloppantes, visant à accompagner la famille avec tact et bienveillance, afin d’extraire par le dialogue, puis de mobiliser, les compétences familiales contribuant à la guérison.
  • La famille, représentée par le poisson, pourra construire un partenariat solide, une alliance thérapeutique, qui lui permettra, petit à petit de vaincre les dysfonctionnements familiaux installés et amplifiés suite à la crise anorexique.
  • Ainsi, la collaboration famille/thérapeute se révèle être une des pierres angulaires de la prise en charge thérapeutique du patient anorexique. Et pour preuve, c’est bien la collaboration, la coopération qui a fait de l’homo sapiens sapiens l’espèce “souveraine” sur notre planète, comme en témoigne le brillant auteur Yuval Noah Harari dans son ouvrage Homo Deus.

 

           Les détracteurs de cette idée de collaboration argueront que la famille n’est pas le thérapeute du malade. Et cela est fort regrettable. En effet, lorsqu’elle est guidée et aiguillée par une équipe médicale à l’écoute et compétente en thérapie familiale, l’immense majorité des familles recèle des forces insoupçonnées permettant de contribuer à la guérison de la maladie d’un de ses membres.

 

Afin de rebondir positivement sur le partenariat en bonne intelligence, on peut constater que certains hôpitaux  en Europe (Maudsley hospital, Londres, voir le documentaire Chère Anorexie) proposent des modules de formation dans la gestion de l’anorexie mentale communs  aux infirmiers et aux parents, tant leurs besoins et objectifs sont jugés proches : tous veulent la prise en charge efficace et la guérison de l’individu souffrant d’anorexie ! Un projet utilisant la participation active d’anciens malades semble en cours au CHU d’Angers.

 

Et qu’apporte le poisson à la méduse? En d’autres termes, qu’apporte la famille à l’équipe soignante?

Chaque famille tente de mobiliser, comme elle peut, les ressources afin de faire face à la maladie ; cela s’appelle le “coping”. L’harmonie familiale est fortement ébranlée par la maladie de l’un de ses membres ; le “coping” peut être inadapté ou maladroit mais grâce à la bienveillance et l’encadrement professionnel d’une équipe bien formée en TCA, la famille peut identifier efficacement ses compétences et ainsi devenir co-thérapeute efficient, et n’est plus seulement un co-patient.

 

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