Amélie Nothomb a souffert d’anorexie

https://youtu.be/nchi3gsmlew

Les débuts de la maladie

Dès l’âge de 13 ans et demi, Amélie Nothomb a souffert d’un trouble du comportement alimentaire, l’anorexie mentale. Celle ci fut dramatique. Elle avait décidé de ne plus jamais manger et s’est tenue à ce principe ; si bien, qu’au bout de deux ans, elle mesurait 1.70 mètre et pesait 32 kg!

La prise de conscience du risque mortel

A 15 ans et demi, elle a compris qu’elle risquait de mourir. Elle ne voulait pas mourir ! Elle voulait juste être la plus maigre du monde ! Elle avait malheureusement, au cours de ces deux dernières années, intégré la nourriture comme un démon, un diable.

Ses déclics et actes thérapeutiques
quand le corps force l’obéissance de l’âme

A 16 ans, en plein été alors qu’il faisait chaud, elle vécut comme une séparation corps et âme : son corps alla se nourrir en pleine nuit alors que son âme ne voulait pas! Son âme était en guerre complète contre son corps. Mais son corps, à ce moment l’a sauvée!

l’écriture-thérapie

A 17 ans , elle a commencé à écrire, sans ambition particulière d’écrivain : elle a commencé à écrire un roman, son premier roman, travail difficile, effectué sur deux ans d’efforts intenses. Elle ignorait encore que cette écriture fut thérapeutique puisque peu à peu, le corps et l’âme semblaient se ressouder, se réconcilier.

Elle allait de mieux en mieux suite à ce travail d’écriture, qui se révéla être un travail de suture du corps et de l’âme ; elle restait malade : pour elle, manger n’était pas naturel, était compulsif mais l’anorexie était en voie de résolution.

Elle explique aussi ici comment l’écriture et l’exil au Japon l’ont sauvé de l’anorexie.

l’exil

A 21 ans, elle partit à l’autre bout du monde :  de la Belgique, elle s’exila au japon, son pays natal. Le fait de de recommencer sa vie ailleurs lui procura un sentiment de nouvelle vie et de nouvelle identité qui a solutionné ses TCA.  Elle écrit toujours, aux premières lueurs de l’aube, 4 h par jour au minimum, intensément. Elle réalise alors qu’elle possède un corps qui fonctionne, qui peut produire, qui peut aimer, qui peut marcher en montagne … Elle livre son message dans ce témoignage : guérir de l’anorexie et d’autres troubles du comportement alimentaire est possible !

Elle se décrit toujours comme quelqu’un qui mange “bizarrement”, mais peu importe, elle mange avec plaisir et l’alimentation n’est plus un problème pour elle !

https://youtu.be/nchi3gsmlew

 

Que retenir de ce témoignage?

Authentique, sincère et sans fioritures, Amélie évoque cette décision abrupte d’arrêter de manger à l’âge de 13 ans. Cela va sans dire que de la pensée volontaire au passage à l’acte (celui de cesser de s’alimenter), s’insinue la maladie, avec  surtout, au départ un ou des traumatismes dont un qui semble majeur : le viol. D’autres facteurs retrouvés dans la maladie anorexique sont la précocité,  renforcée par un nomadisme culturel (d’origine belge, elle vit ses première années au Japon, suit ses parents en Chine, puis revient en Belgique à 17 ans, repart au Japon a 21 ans), la séparation d’avec sa gouvernante japonaise qu’elle considère comme une seconde mère, qui constitue pour elle un déracinement.

 

Amélie Nothomb évoque un jour la décision d’arrêter de manger ; pour certaines personnes, cela part de quelque chose de conscient, avec une “décision” à la clé, mais pour d’autres cela peut être un engrenage parfaitement inconscient : ces dernières découvrent un jour, lorsque le corps est trop affaibli, souvent avec stupeur, qu’elles souffrent d’anorexie mentale. Et entre ces deux extrêmes, il y a toute la palette intermédiaire de personnes avec des mécanismes plus ou moins conscients.

 

L’anorexie, qui faut-il le rappeler, est un trouble du comportement alimentaire reconnu et pouvant évoluer vers une maladie grave, peut atteindre n’importe qui, quelle que soit sa catégorie socio- professionnelle, sa nationalité, sa culture : elle peut arriver à des écrivains comme elle, des acteurs, des infirmières, des médecins (voir ici aussi), des psychologues, des danseurs, …

le milieu du mannequinat, la grande manipulation

Victoire Maçon Dauxerre (ex mannequin tombée dans l’anorexie) est l’invitée du journal de la santé avec Marina Carrère  d’Encausse. Victoire présente son livre “Jamais assez maigre, journal d’une top model“.

 

Ses débuts dans le mannequinat ressemblent à conte de fée (5 ans avant la sortie du livre).

Lorsqu’elle est repérée, on lui dit qu’elle est la future Claudia Schiffer (elle mesure 1.78m et pèse 58 kg, son IMC de 18 est déjà en dessous de la norme à 18 ans).

Une fois rendue en agence de mannequinat, les exigences pour prétendre à ce soi disant “rêve presqu’à sa portée” sont annoncées : entrer dans une taille  32 et faire moins de 90 cm de tour de hanches (faisait du 36).

Victoire a perdu 11 kg en 2 mois en  mangeant 3 pommes par jour ; elle ne savait alors malheureusement pas dans quoi elle s’engageait ! Elle venait de rater son concours de sciences Po et une nouvelle opportunité de réussir s’offrait à elle. Tous les désastreux mécanismes de l’anorexie se sont malheureusement enclenchés : d’abord l’ingestion de quantités minimales puis, lorsqu’elle ne perdait plus de poids, la prise de laxatifs puis elle s’est mise à faire des lavements. En voyageant en permanence pendant 6 mois, elle ne voyait pas sa famille et était ainsi dans le déni total de la maladie.

Plusieurs symptômes se sont alors manifestés : elle avait toujours très froid, mal au ventre, sa pilosité s’était accrue, elle présentait des évanouissements (elle a vu une autre mannequin mourir en coulisses d’un arrêt cardiaque). Victoire mentionne “c’est criminel : tout le monde le sait mais personne n’en parle !”  Une autre fille est “tombée dans les pommes” dans un shooting et on lui a amené du poulet! C’est la preuve que l’on sait pertinemment l’état de dénutrition avancée dans lequel sont ces jeunes filles ! Les mannequins n’ont pas plus de considération qu’un objet :  on les appelle d’un claquement de doigts, on les empêche de se couvrir lors des shooting même si elles sont transies de froid.

Victoire évoque des séquelles à vie  : une  relation conflictuelle avec la nourriture ; et au plus mal de sa maladie, une tentative de suicide assortie de 3 mois d’hospitalisation ; elle est à présent sortie d’une  situation de détresse  mais est sujette aux crises d’angoisse, ressent de la culpabilité en mangeant.

Ainsi, elle conclut : “mieux vaut ne jamais tomber dedans , mieux vaut prévenir que guérir car il est très dur de s’en sortir”.

 

Voici un autre lien sur le même thème, qui vous conduit à l’ émission, “trop grosse pour être mannequin” présentée par Sophie Davant et dans laquelle 3 jeunes mannequins témoignent ; également dans cette émission, Nicolas Sahuc diététicien, spécialiste en TCA parle des conséquences graves de la sous alimentation sur l’organisme et Nathalie Garçon , créatrice de mode, dénonce ce diktat de la maigreur dans le milieu de la mode.

Le témoignage bouleversant de Jamel Boussetta

Je découvre ce jour ce témoignage poignant (écrit en 2010) que je voulais vous partager : il s’agit d’un garçon, Jamel Boussetta, qui décrit très bien ce calvaire dans lequel il est tombé, ce double démon  que représente la maladie anorexie-boulimie.

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“C’est en 1996 que j’ai sombré dans l’anorexie. Cette maladie m’a accueilli les bras ouverts. Elle est la cousine germaine de la boulimie ! Je n’ai jamais souhaité être anorexique, ce sont les autres qui m’ont conduit à le devenir. Les autres, ce sont ma famille, mes amis, les gens dans la rue … qui, par leurs remarques blessantes, m’ont poussé à l’extrême, au point où j’ai refusé de m’alimenter.

A leurs yeux, j’étais un monstre, le Bouboule, le petit gros, Big Mac … Alors, un jour, je me suis dit que je voulais en finir d’être « le gros de service ». Un matin je décidai d’arrêter de manger.

J’ai cru, au début, faire un régime, comme bon nombre d’anorexiques, mais sur le chemin de la perte de poids, l’anorexie a fait son entrée comme une star, dans ce cauchemar qui s’est révélé être une dure réalité.

Ce devait être l’été 96. En un temps record, l’espace de deux mois, j’ai perdu 23 kilos. Mais au-delà de l’amaigrissement, le bilan est sombre : j’ai perdu bien plus que des kilos, j’ai perdu ma santé. Point par point, je vais vous expliquer l’envers du décor de la maladie. Derrière le beau rideau de velours rouge, se cache une triste vérité. L’anorexie était mon metteur en scène, elle m’a appris à jouer la comédie.

Dans la pièce de théâtre, j’ai eu le premier rôle. Ce « rôle », je m’en serais bien passé dans cette comédie dramatique.

La veille de la première, j’avais le trac, je me suis endormi au petit matin, épuisé d’avoir gambergé une partie de la nuit.
Le jour tant attendu est arrivé, j’avais hâte de faire mon entrée en scène. Avant d’ouvrir le rideau, madame « ANOREXIE » frappe les trois coups, annonçant mon apparition dans la pièce intitulée : « BIENVENUE DANS LE REGIME DE LA MORT. »

Un lundi matin donc, réveillé par les rayons de soleil qui traversaient la fenêtre de ma chambre, je me suis levé en pleine forme et de très bonne humeur. Je me suis douché et j’ai pris mon petit déjeuner comme d’habitude. Jusque-là tout allait bien mais … il y avait un « MAIS » : je ne me suis pas jeté sur la nourriture cette fois-ci, je n’ai bu qu’un café avec un sucre d’aspartame.

J’avais bien préparé le déroulement de mes journées, j’avais de l’énergie à revendre mais surtout une très grande motivation car j’avais décidé de maigrir … En pleine adolescence, j’étais inconscient de ce que j’allais faire. Pour moi REGIME était égal à NE PLUS MANGER, j’étais loin d’imaginer le résultat final …

La première semaine fut difficile pour moi, très éprouvante. Mais face aux résultats que je pouvais apercevoir quotidiennement sur ma balance, j’ai continué à refuser de m’alimenter. J’avais extrêmement faim, mais il était hors de question pour moi de remanger.

Mon alimentation se résumait ainsi : un verre de café le matin, à midi jeûne et le soir petite salade nature. Plus les jours avançaient et plus je devenais faible, j’étais fatigué, à bout de forces, j’avais les yeux cernés.

Avec le peu de nourriture que j’avais dans le ventre, je trouvais encore le moyen de marcher des kilomètres pour éliminer le peu de calories qui me restaient.

Au fil du temps, même manger une feuille de salade devenait un supplice. J’avais la phobie de la nourriture, jusqu’à en être écœuré rien qu’en la regardant.

Je ne partageais plus aucun repas avec ma famille sous prétexte que j’avais déjà mangé dehors. Les placards ne se vidaient plus à la vitesse grand V. Contrairement à ce qui s’était passé avec la boulimie, ma mère s’est posée des questions car elle s’étonnait que je ne me goinfre plus et me trouvait amaigri et très fatigué. Je la voyais inquiète, mais il était trop tard ! J’étais devenu anorexique.

Je ne voulais voir personne, je m’enfermais à clef dans ma chambre pour y passer le plus clair de mon temps, à dormir ou regarder la télé. Et quand je sortais pour parcourir des kilomètres, c’était très tôt le matin, pour ne pas croiser les potes du quartier. J’étais dans ma bulle, dans mon monde et en plein changement physique … Mais à quel prix?

Le matin, après avoir pris mon café avec une sucrette, j’arrivais à bouger mais en rentrant du « sport », j’étais une vraie larve, exténué. C’était parfait, puisque je m’écroulais dans mon lit ; et là, c’était le top ! Je dormais profondément …

Dormir pour oublier mes souffrances, dormir pour oublier la faim et dormir pour être dans le monde du silence. Enfin la paix … je n’entendais plus rien, plus de disputes, plus de critiques …

Lorsque je ne m’étais pas réveillé pour mon rituel – la marche à pied -, pas de panique ! J’utilisais le plan B : j’astiquais de fond en comble ma chambre jusqu’à épuisement total. Tout était nickel. Une activité intense pour brûler les calories …

Le temps passait très vite, j’étais déconnecté de la réalité, je ne savais plus quel jour on était, à vrai dire je m’en foutais complètement. Le plus important, c’était de maigrir.

J’éprouvais un plaisir à me surpasser et à être enfin le maître du jeu. Cette fois c’est moi qui commandais, je décidais si je mangeais ou pas !
Madame Boulimie faisait une triste tête, mais je ne voulais pas lui donner à manger. J’étais en extase devant ma capacité à contrôler la situation pour une fois … Mon corps réclamait de la nourriture mais je m’interdisais de lui en donner.

Durant des années, j’ai gavé mon corps comme un canard que l’on engraisse. Mais pourquoi manger si c’est pour grossir?
Puis j’ai défié mon corps, je me suis surpassé durant des semaines sans craquer une seule fois. Tant que « madame Boulimie » faisait la tête, « madame Anorexie » me souriait et m’encourageait. Dans ma tête, une voix m’aiguillonnait après la pesée du matin : « BRAVO !!! ENCORE 1KG EN MOINS ! SUPER ! VAS-Y, CONTINU ! » 1, 3, 7, 10, 15, 20 et 23 kilos en moins. Quelle belle récompense !

Merci aux laxatifs, merci au thé qui m’aidait à courir aux toilettes pour éliminer, merci aux coupe-faim qui étaient en vente libre à l’époque, merci à toutes les personnes qui m’ont insulté de près ou de loin, merci encore une dernière fois. Mais sachez que je vous déteste !

Ok ! Extérieurement, j’étais amaigri ; mais l’intérieur de mon corps, je n’y avais pas pensé. Je lui ai fait avaler tout et n’importe quoi, mais … encore une fois il y a eu un « MAIS » …

La réalité m’a très vite rattrapé. Un jour mon corps n’a plus accepté que je le prive de nourriture et j’ai commencé à enchaîner les malaises, je tremblais et mes jambes ne pouvaient plus me porter. Je perdais mes cheveux et mes dents se déchaussaient, j’avais des hallucinations, mon humeur était imprévisible et mon cœur battait au ralenti.

Le dernier malaise fut brutal. Chez une amie je me suis évanoui et c’est à l’hôpital Boucicaut à Paris que je me suis réveillé. On m’y avait transporté la tête en sang car j’étais tombé et je m’étais blessé dans ma chute. Mon bilan sanguin était catastrophique ! Inutile de mentir au médecin, je lui ai avoué que je refusais de m‘alimenter et c’est lui qui m’a dit que j‘étais devenu anorexique.

A l’époque, il y a treize ans, on pouvait poser un nom sur la maladie mais personne ne comprenait ce type de comportement. Les professionnels de la médecine ne savaient pas comment s’y prendre avec les anorexiques.

Un jour, je discutais avec un médecin qui s’est spécialisé dans les TCA (troubles du comportement alimentaire) et il m’a dit : « Tu sais, Jamel, aujourd’hui, j’ai compris la maladie, mais au début de ma carrière je trouvais stupides les patients qui refusaient de manger … » Ce sont ses propres termes et je pense que les médecins de sa génération peuvent se reconnaître à travers ses propos.

Mon régime s’était donc transformé en calvaire.
Après deux mois pratiquement sans manger, j’aurais pu rester sur le carreau. Si ma copine n’avait pas été avec moi, si j’avais été seul, qu’aurai-je pu faire ?
J’ai voulu jouer et j’ai perdu.

Donc, soit je me réalimentais, soit je fonçais tout droit dans un mur qui pouvait me conduire à un arrêt cardiaque. Malheureusement bien des anorexiques sont morts ainsi.

Alors j’ai choisi. J’ai recommencé à manger un petit peu mais cela restait encore très, très peu …
J’ai recommencé à sortir, à revoir mes potes et tout le monde était stupéfait de ma nouvelle silhouette.

Aurais-je dû affronter le monde extérieur ? Je ne sais pas …
Plus on me disait que j’avais maigri et plus je retombais dans l’anorexie. Car je recherchais la maigreur absolue. Dans ma tête, j’étais encore gros et dans ma tête plus rien n’allait. J’avais peur de la nourriture ! Mais il me fallait manger ! Quelle horreur !

De retour de l’hôpital après mon malaise j’ai énormément bouquiné sur le sujet et j’ai cherché tous les aliments pauvres en calories ; et c’est à base de tomates, de pommes et de cornichons que je me nourrissais pour tenir debout … Mes coupe-faim, je les ai remplacés par des comprimés vitaminés ; grâce à cela j’ai tenu le coup encore quelques semaines, avant de redevenir le boulimique que j’avais toujours été.

Dans ce monde de consommation où la mode est le premier sujet des couvertures de magazine, bien des jeunes, pour la plupart des filles, se lancent dans des régimes comme je l’ai fait et sombrent dans cette maladie.
J’en veux énormément à ces magazines racoleurs qui vendent des régimes miracle, et, pire ! des médicaments soi-disant testés cliniquement ! « Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu ? » Mais bien sûr …
Les photos des mannequins sont toutes retouchées, les filles sont pratiquement toutes anorexiques. Elles disent toutes manger correctement, mais ne soyons pas dupes ! Même le plus charlatan des nutritionnistes dira qu’elles sont toutes en carence alimentaire. Certaines, pour tenir le coup, se droguent à la cocaïne et certaines en meurent même …
Je voudrais répéter que j’ai perdu beaucoup en cessant de m’alimenter et, en premier lieu ma santé ! A toutes celles et ceux qui souffrent de cette terrible maladie, je lance un appel : Faites-vous soigner ! Je vous en supplie ! Allez consulter !

Ouiiiiiiii !!! Je sais ce que vous endurez ! Ouiiiiiiii !!! Je sais combien vous souffrez ! Je sais que le chemin vers la guérison est long mais ne perdez pas espoir, un jour viendra le déclic, puis la reconstruction. A cet instant j’ai mal, je pleure car je pense aux anorexiques qui me liront, mais je veux que mon témoignage soit une lueur d’espoir.

Tantôt boulimique, tantôt anorexique j’ai jonglé avec ces deux maladies qui sont en fait liées. Dépression, plus aucune estime de soi, plus de rapports sociaux, manque d’énergie … je suis passé par-là. Si quelqu’un peut parler du sujet en connaissance de cause, c’est seulement l’un de « NOUS » ; seuls nous, malades ou ex-malades, pouvons témoigner correctement. Car il faut l’avoir vécu pour comprendre cette autodestruction, ce suicide à petit feu …

J’ai été emporté dans cet ouragan, ce cyclone, ce cercle infernal des troubles du comportement alimentaire. Et les mots en « IR » je les connais par cœur : grossir, mincir, vomir, mentir, mourir …

J’ai trouvé plus douloureux d’être anorexique que d’être boulimique, parce qu’en période d’anorexie, je me sacrifiais. J’avais envie de me faire du mal, de voir mon sang couler de mes veines, j’avais un dégoût plus important de mon image, il me fallait compter les calories, peser les aliments et tout le tralala … Ma tête était une vraie calculette. Il fallait anticiper sur certaines situations, du genre : esquiver un repas de famille, décliner une invitation au restaurant, faire attention à son image pour « paraître » en forme et faire semblant d‘aller très bien, alors que l’on ne l’est pas du tout …

Je pense que l’anorexique et le boulimique sont d’excellents comédiens et des mythomanes hors pair.

Aujourd’hui, ayant connu la maladie, je remarque que certaines personnes de mon entourage ont des troubles du comportement alimentaire. Par exemple, un proche qui se goinfre puis court aux toilettes, revenant avec les yeux rouges comme s’il venait de pleurer, ou un ami qui vous quitte précipitamment pour rentrer chez lui, ce sont des attitudes qui peuvent amener à se poser des questions quand elles sont répétitives ! Si en plus il mange pour quatre et ne grossit pas, cela doit vous alerter … A l’opposé, le manque d’appétit, le refus de s’alimenter, c’est un comportement qui ne trompe pas non plus.

Pour ce qui me concerne, je pense qu’on pourra difficilement me tromper. Je connais toutes les astuces, tous les mensonges, tous les indices, qui me parlent, à moi l’ex-boulimique, moi l’ex-anorexique … enfin, ex, du moins je l’espère, j’espère ne plus jamais faire de rechute car j’ai trop donné …

En France, l’anorexie touche de plus en plus de jeunes filles et certains garçons. Ce qui me révolte, c’est qu’il manque des professionnels de santé, des structures pour encadrer les malades, qu’il manque des campagnes d’information sur la maladie. J’ai galéré à l’époque pour trouver quelqu’un pour me guérir car personne ne s’était penché sur ce type de maladie.

Le gouvernement s’inquiète aujourd’hui de l’augmentation du nombre des obèses en France. Je veux lui dire que, dans les statistiques, il ne faut pas voir que des gros, ce sont aussi des gens en souffrance.

Mais qu’attend-on pour s’intéresser aux anorexiques ? Attend-on un nombre important de morts comme celui des accidentés de la route pour trouver une solution au problème ? Peut-être cherche-t-on le détecteur de Gros ?

Peut-être l’argent public pourrait-il être utilisé à bon escient dans la formation d’un nombre plus important de médecins spécialisés dans cette pathologie ?

J’ai interpellé le ministre de la Santé, pour lui dire quelques vérités sur le sujet. A-t-il peur du trou de la sécu ? Je pense personnellement qu’il fera des économies car bon nombre de boulimiques et d’anorexiques se retrouvent avec un cancer du côlon, de l’œsophage, du foie … Alors avant d’en arriver au stade du cancer où les soins coûtent très cher et creusent vraiment le trou de la sécurité sociale, ne serait-il pas préférable de faire de la prévention et de prendre en charge à temps les citoyens atteints de cette pathologie?

J’ai une dent contre les politiques, de gauche comme de droite ! Il est temps de faire bouger les choses. En écrivant, je pense à toutes celles et tous ceux qui vivent dans le silence, avec une maladie, ou les deux en même temps, et qui ne trouvent aucune structure ou aucun professionnel pour les soigner correctement, les écouter et les comprendre. Alors, les politiques, je ne vais pas les lâcher, mon combat ne fait que commencer.

Je n’en suis pas à mon premier coup médiatique ! Si j’ai réussi à dénoncer publiquement les bavures policières en infiltrant cette institution puissante, en médiatisant mon histoire qui a fait l’objet d’un livre, – même si au départ ce n’était pas mon but de devenir auteur d’un livre à scandale – eh bien ! je ferai la même chose pour médiatiser mon parcours de boulimique-anorexique qui n’est pas unique en France.

Je n’ai pas ma langue dans ma poche, je ne veux plus taire ma maladie, et encore moins me murer dans le silence; car moi je n’ai jamais demandé qu’à l’école publique un maître me maltraite, je n’ai jamais demandé à subir de sa part des attouchements sexuels … je m’arrêterai juste là, par respect pour moi-même, pour ne pas trop me salir.

L’état est en partie responsable de ma descente aux enfers, le sang qui a coulé de mes veines ne doit en aucun cas être passé sous silence. Je ne demande pas des dommages et intérêts, car personne ne me rendra mon enfance, mon adolescence perdue … Mais je veux que l’anorexie et la boulimie soit reconnues comme deux GRAVES maladies et non pas comme une grippe que l’on soigne avec des cachets …

Je suis remonté !!! Mais ce combat n’est pas seulement le mien, c’est également celui des malades. Courage et gardons espoir !”

 

Jamel termine son témoignage par le discours de martin Luther King :

I have a dream

« Je rêve d’un jour,
Où toutes les vallées s’élèveront
Chaque colline et chaque montagne s’abaissera,
Où l’ordre remplacera le chaos,
Et la pureté des cœurs
Redressera les torts,
Où la gloire du créateur sera révélée
Afin que tout ce qui vit
Puisse la voir.

Ceci est notre espoir.
Avec la foi,
Nous serons capables
De tailler la montagne du désespoir.
En diamant de l’espoir.

Fort de cette foi,
Nous serons capables de changer
Dans notre nation
Le son de la discorde
En une merveilleuse
Symphonie de fraternité,

Fort de cette foi,
Nous serons capables de travailler ensemble,
De lutter ensemble,
Sachant qu’un jour,
Viendra la liberté pour tous. »

Martin Luther King

témoignage d’Emmanuelle : l’anorexie, entre mensonge, peur et refus

Voici le témoignage de Emmanuelle.

 

En bilan, on peut retenir que :

-c’est une maladie du mensonge : on ment aux autres ET on se ment à soi même

-il peut y avoir un refus/peur de vivre une sexualité “normale”

-il y a parfois une peur de plaire aux autres car on ne sait pas comment réagir en cas de “succès”

-il serait bien de cesser d’accuser les mères. L’immense majorité des mères n’a qu’une seule envie : le bien être, la santé  et le bonheur de son/ses enfant(s)!

-des recommandations médicales sont parfois inadaptées et peuvent conduire à un TCA si la personne qui reçoit la recommandation est sensible, manque d’estime d’elle même, et/ou attache trop d’importance au regard/jugement d’autrui

-il est fondamental d’être pro actif dans sa thérapie ; si elle est subie, elle ne donne pas ou peu  de résultats ; comme dans toute addiction, il faut vouloir arrêter et être acteur de sa guérison

-l’augmentation de l’anorexie mentale dans nos sociétés occidentalisées provient aussi d’un mensonge collectif et sociétal, notamment au travers de la publicité  : les photos sont trafiquées pour voir des filles plus maigres, sans imperfections cutanées ; les photos sont retouchées dans les moindres détails pour évoquer la perfection et faire vendre ; mais qui dans ce monde est parfait? PERSONNE…

 

 

Merci de laisser vos commentaires au sujet de ce témoignage.

 

 

“Ce que j’aurais aimé entendre lorsque j’étais malade “, témoignage de Marie Verger

Marie a lutté pendant quatre ans contre ses troubles du comportement alimentaire. Dans cette lettre ouverte, elle a voulu retranscrire tout ce qu’elle aurait eu besoin d’entendre lorsqu’elle était malade. Car non, l’anorexie et la boulimie ne sont pas des “caprices de petite fille qui refuse de manger”.

Jusqu’à ce que je tombe moi-même malade, je pensais que les troubles du comportement alimentaire n’arrivaient qu’aux autres. Puis, j’ai pensé que je ne pourrais jamais guérir. L’une de mes amies est décédée à 20 ans suite à des complications liées à cette maladie. J’ai vu des patientes se faire ré-hospitalisées de nombreuses fois et lu de nombreux témoignages à propos de personnes qui n’ont jamais pu guérir. A ce moment-là, j’aurais préféré qu’on me crie : “Oui, c’est possible, tu peux t’en sortir !”. Maintenant, c’est à mon tour de crier cette phrase aux malades. Je veux leur faire comprendre qu’elles/ils ne sont pas fous, comme je pensais l’être avant de rencontrer d’autres patientes. Cette lettre ouverte est également à destination de tous ceux qui voient l’anorexie comme un “caprice de petite fille qui refuse de manger.”

“S’il-te-plaît, prends soin de toi et de ton entourage”

On ne réalise pas immédiatement qu’on est malade lorsqu’on commence à plonger dans l’anorexie. On a parfois besoin de beaucoup de temps et de l’aide de notre entourage. Durant plusieurs longs mois, je me suis prise la tête avec mes parents. Ils insistaient, ils me disaient que j’avais un problème et que j’avais besoin d’être aidée. Je répétais que j’avais le contrôle. J’y croyais vraiment. Je voulais perdre du poids et je le faisais.

Un jour, mes parents m’ont proposé un deal : “Si tu peux faire tout ce que tu veux, prouve-nous que tu peux reprendre du poids et on te laissera tranquille.” Cela n’a pas marché comme je pensais. En réalité, je n’avais en réalité aucun contrôle sur mon corps. C’était plutôt ce contrôle qui me possédait. Si tu vois quelqu’un s’enfoncer dans les troubles du comportement alimentaire, s’il-te-plaît, aide-le à ouvrir les yeux. Les médecins ont dit à mes parents que j’avais eu de la chance qu’ils l’aient remarqué assez tôt. Plus tôt on commence à prendre en charge la maladie, plus on a de chances de s’en sortir. Évidemment, il est impossible de commencer à se battre contre la maladie en étant persuadé d’être sain.e et d’avoir tout sous contrôle.

“Le problème n’est pas ton poids”

Moins je mangeais, plus j’étais dégoûtée par la nourriture et par son odeur. Plus je perdais de poids, plus j’avais besoin de perdre de poids. Ce n’était jamais assez. Je me sentais toujours trop grosse. Lorsque j’atteignais mon objectif de poids, je m’en fixais immédiatement un nouveau, toujours plus bas. Je pinçais mon corps, à la recherche de la moindre trace de gras. Cela ne s’arrêtait plus : il est impossible d’atteindre un objectif qui évolue en permanence. Se figurer ce paradoxe est très compliqué lorsqu’on est malade. Mais une fois que tu l’as compris, tu peux enfin réaliser que le problème n’est pas ton poids mais ta maladie mentale.

“Ne me dis pas que je n’avais qu’à manger””

Je sais que certaines personnes en sont persuadées. Ça m’horripile. S'”il suffisait de manger”, je suppose qu’on serait nombreuses et nombreux à l’avoir fait avant d’être hospitalisé.e.s ou avant de mourir. Il n’y a pas que la nourriture qui est en jeu, il y a aussi la haine de soi. J’avais l’impression d’avoir constamment deux voix dans ma tête. Une m’affirmait que je devais stopper cette maladie, l’autre m’y enfonçait encore plus. J’avais froid tout le temps, j’avais mal au ventre, j’ai arrêté d’avoir mes règles, j’ai perdu beaucoup de cheveux, j’avais des crampes et la tête qui tourne.

Mais le pire se passait dans ma tête. Quand je sentais que mon corps était faible, une partie de moi me disait : “C’est bien, ça veut dire que tu le pousses à bout”. Lorsque je me forçais à manger, une voix m’encourageait parfois : “C’est bien tu te rapproches de la guérison”. Une autre me répétait : “Tu es dégoûtante, tu devrais avoir honte, tu t’éloignes de ton objectif. Ton objectif est de perdre du poids !”

Je recherchais un moyen d’éliminer les calories en même temps que je les ingurgitais. Je pensais que j’étais folle en me battant contre moi-même, avec ces deux voix incompatibles dans ma tête. Il m’arrivait de ne plus savoir contre quoi et pour quoi je me battais. J’avais le sentiment que si mon corps avait assez d’énergie pour être en bonne santé, cela rendrait mon esprit encore plus malade, malade de honte. Comme si mon corps et mon esprit étaient deux entités complètement distinctes et qu’elles ne pourraient jamais se sentir bien en même temps. J’avais honte de mon corps. Si je gagnais du poids, je me sentais imprésentable. Après avoir réussi à manger, ne serait-ce qu’un peu, je ne pouvais penser à rien d’autre que ce que je venais d’avaler, comment je devais le dépenser et à ces sentiments de dégoût et de haine envers moi-même. Cela prenait toute la place dans mon esprit. Quand tu es en colère contre une personne, tu as la possibilité de la confronter pour extérioriser, ou du moins de limiter le contact. Le problème quand tu te hais est que tu ne peux pas t’échapper de toi-même. Je détestais mon corps et j’étais bloquée à l’intérieur de celui-ci.

“Ce n’est pas toi qui as le contrôle”

La maladie me poussait à “garder le contrôle sur mon corps”, mais en réalité je n’en avais aucun. Lorsque je gagnais un peu de poids, même si ce n’étaient que quelques grammes, mes ongles s’enfonçaient dans ma peau et mes jambes s’agitaient frénétiquement, comme si elles voulaient s’éloigner de mon corps. Je ne pouvais pas penser à autre chose qu’à : mon poids, comment perdre des calories, les excuses que j’allais utiliser pour sauter les repas, le poids qui s’afficherait sur la balance la prochaine fois que je monterai dessus. Je faisais des cauchemars à propos de la nourriture.

Le matin, le chiffre affiché sur la balance déterminait l’ensemble de ma journée. Exemples parmi tant d’autres : je ne m’asseyais dans le couloir avec les autres élèves car rester debout me permettait de brûler plus de calories. Je refusais de sortir avec mes meilleur.e.s ami.e.s car je savais qu’à un moment de la journée, ils allaient vouloir manger. La maladie ne faisait pas partie de ma vie, la maladie était ma vie. Si tu as vraiment le contrôle, tu devrais être capable de vivre sans tout calculer par rapport à ton poids.

“L’anorexie te ment”

Quand des personnes me touchaient, même pour quelques secondes, je me demandais, inquiète : “Est-ce qu’ils ont senti mon gras ?”. J’avais peur qu’on me regarde, j’avais honte. Je pensais qu’ils examinaient à quel point j’étais grosse. Maintenant je comprends que c’était le contrôle : ils me regardaient parce que j’étais anormalement maigre.

“L’hôpital craint mais peut aussi te sauver”

J’ai été hospitalisée contre mon gré dans un centre spécialisé dans le traitement des troubles de conduite alimentaires Je me suis enfuie au bout d’un mois. Je ne pouvais ni voir ni parler avec ma famille ou mes ami.e.s. Les infirmier.e.s ont pris mon téléphone. Je pouvais écrire des lettres, mais pas en recevoir. Je ne pouvais pas jouer de la musique, je ne pouvais pas sortir. Ils m’ont même confisqué mes livres scolaires. Tout était lié au contrat de poids déterminé par le médecin. Les infirmier.e.s me posaient énormément de questions. J’avais l’impression qu’en plus de me changer physiquement, ils cherchaient à me changer psychologiquement. Ils voulaient me donner des médicaments pour m’aider à me détendre. Je refusais, pensant qu’ils voulaient me shooter. C’était la pire période de ma vie. Cependant, certaines personnes, hospitalisées au même endroit que moi, affirment que sans cet endroit, elles ne seraient probablement plus en vie. Quant à moi, j’avais si peur d’y retourner que cela m’a motivée pour guérir.

“Tu n’es pas seule”

Pour mes proches qui ne souffraient pas de troubles de comportement alimentaire, il était extrêmement compliqué d’arriver à me comprendre. A l’hôpital, j’ai vu d’autres malades. J’ai finalement rencontré des personnes qui me comprenaient. C’était la confirmation que je n’étais ni seule, ni folle. Avec certaines on s’est promis qu’on serait toujours là les unes pour les autres. “Toujours” est un bien grand mot, mais dans ma tête je ne voyais pas d’autres possibilités. Leur courage me boostait. Parfois, je me disais : “Elles essaient très fort de s’en sortir, je ne devrais pas abandonner. Si je peux m’en sortir, je vais le faire.”

“Prends la boulimie au sérieux”

Globalement, les gens semblent être plus informés au sujet de l’anorexie que de la boulimie. Les deux maladies peuvent faire énormément de mal. J’ai commencé à faire des crises de boulimie après mon hospitalisation. Je pouvais avaler le contenu entier du placard de petit déjeuner familial, assise sur le sol. Je n’avais même pas le temps de finir d’avaler que ma main plongeait de nouveau dans le paquet. Mon esprit me hurlait d’arrêter mais je n’y arrivais pas, jusqu’à avoir mal au ventre ou que quelqu’un entre dans la pièce. J’ai commencé à me faire vomir. Je pouvais faire des crises et vomir plusieurs fois par jour. J’avais tellement honte de moi. Je ne voulais pas manger, cela ne me procurait aucun plaisir mais je ne pouvais pas me contrôler.

Parfois, alors que j’essayais d’éviter une nouvelle crise, je tournais en rond dans la cuisine, en ouvrant et fermant les placards de nourriture, encore et encore. Les crises de boulimie et les périodes de jeûne s’alternaient. A ce moment là, je pensais que jeûner était l’unique moyen d’être libre. Libre de penser à autre chose que ce à quoi je venais de manger. Libre de penser à autre chose qu’à vomir le plus vite possible, quels que soient le moment et le lieu. Libre du duel “c’est bien – non c’est une honte” qui avait lieu dans ma tête presque à chaque fois que je mangeais quelque chose. Libre du risque de faire une autre crise de boulimie. Libre de faire autre chose que manger et vomir. C’était une fausse liberté, encore ce faux sentiment de contrôle. Ce coup-ci, plus je me restreignais, plus mon corps me demandait de la nourriture, des réserves, ce qui provoquait des crises de boulimie. Se restreindre n’est pas une solution. La nourriture est essentielle pour survivre. La guérison est essentielle pour vivre.

“Fais attention à tes commentaires”

Quand j’ai commencé à reprendre du poids, j’avais l’impression de recevoir un coup à chaque fois qu’une personne me disait : “Tu as l’air d’aller mieux !”. Pour eux, c’était sans doute un compliment mais je le recevais comme une insulte. J’avais l’impression que c’était une manière de me dire que j’avais gagné du poids et que c’était flagrant. Les personnes qui souffrent de trouble du comportement alimentaire n’ont pas nécessairement l’air maigre, d’autant plus si elles sont boulimiques. Quand un.e anorexique reprend du poids, cela ne veut pas dire qu’elle/il est guéri.e. Le corps n’est pas le seul qui doit guérir, l’esprit doit aussi le faire et le chemin est long.

Lorsque j’essayais de me forcer à manger, la pression était encore plus forte lorsque des personnes me regardaient ou commentaient mes progrès. Je me créais déjà suffisamment de pression toute seule, pas besoin d’en rajouter. Entendre “Oh, tu as mis de la sauce dans ta salade aujourd’hui !” rend juste les choses plus difficiles. S’il-te-plaît, ne te moque pas du poids d’un.e autre. N’encourage personne à perdre du poids. Pour moi, les troubles du comportement alimentaire ont commencé après un régime. Il m’a fallu plusieurs années pour en guérir.

“Tu peux en mourir”

Je le savais mais je ne voulais pas y croire, jusqu’à ce que mon amie meure. Elle voulait vivre mais elle était devenue trop faible. Fais attention, vraiment.

“Tu peux t’en sortir, je te le promets”

Je me suis battue contre les troubles du comportement alimentaire pendant quatre ans. Je pensais que je pourrais jamais être guérie. Je me suis enfuie de l’hôpital en pensant que je n’arriverais jamais à atteindre l’objectif de poids déterminé par le médecin et que je resterais donc enfermée pour le restant de mes jours. Je me suis sentie vraiment impuissante et il m’est arrivé de penser à mourir. Je voulais m’affamer à mort pour garder cette fausse impression de contrôle. J’avais l’impression que si je ne le faisais pas, si je gagnais du poids : la maladie me tuerait mentalement. Je pensais que je ne comprendrais plus jamais ce que c’est de marcher sans penser aux calories brûlées ; ou de manger par plaisir et non pas avec honte et à cause des crises de boulimie. J’ai eu des hauts et des bas pendant quatre ans. J’ai cru que cela s’arrêterait jamais. Mais ça c’est arrêté. S’il-te-plaît, n’abandonne jamais. Cela peut prendre du temps mais je te le promets : ça vaut le coup.

“N’aie pas peur de guérir”

A un moment, je pensais que si je laissais l’anorexie s’en allait, je n’aurais plus aucun but. L’anorexie a occupé toutes mes pensées pendant longtemps. Elle me ‘guidait’ et dirigeait toutes mes journées. J’avais peur de me sentir vide. Pas “vide” sans nourriture, mais sans sens, sans guide. Je n’arrivais pas à me souvenir de ma vie avant la maladie. Maintenant je peux te l’affirmer : il y a énormément de moyens de profiter de la vie quand on est en bonne santé.

Marie Verger

 

 

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