Témoignage vidéo d’une personne souffrant d’anorexie mentale, deuxième partie

Dans cet article, je vous partage la deuxième partie du témoignage de Débora, jeune femme qui souffre d’un trouble du comportement alimentaire : l’anorexie mentale

Elle a gentiment accepté de témoigner à ce sujet, ce TCA qui lui pourrit la vie. 

Je lui en suis très reconnaissante car il n’est jamais facile de se livrer sur ses difficultés de vie.

Pour rappel, les TCA ne sont pas un choix et les personnes qui en souffrent méritent considération, soins spécialisés et attention.

Si vous l’avez manquée, voici la première partie du témoignage de Débora

Et ci dessous, la deuxième partie :

Les actions et/ou comportements des proches qui aident, ou qui n’aident pas (dans le cas de Débora)

EMMA : On est reparties ; il y a le temps qu’il faut pour témoigner à ce propos. On est sur cette deuxième partie de témoignage de Débora, car on discute et on a beaucoup de choses à dire, à évoquer (ce qui a allongé la durée initialement prévue pour témoigner).

Je voudrais savoir quelles sont les actions, les comportements des proches qui ne t’aident pas à cheminer, à progresser dans la prise en charge du trouble alimentaire. Cela peut être des réflexions, des attitudes…

DEBORA : Des réflexions, oui, des fois. Et aussi bien positives que négatives en fait.

Si on m’encourage, et on me dit, c’est bien tu as bien fait ci ou ça. La maladie, d’un autre côté, “elle va se dire” : “ah oui c’est bien, ça veut dire que je suis en train de perdre là”. Ça va avoir une répercussion inverse dans ma tête, ou au final, je ne vais plus avoir envie d’avoir ces félicitations, parce que ça voudrait dire pour la maladie que ça va mieux et je crois qu'”elle” (la maladie) veut pas trop.

Des réflexions à l’heure actuelle, des fois : “oui, tu fais la comédie”. En fait si c’était si facile que ça, (cela se saurait) : en fait je pense que personne voudrait actuellement être dans mon état. A 21 ans, on est censé avoir une vie normale, des amis et j’en ai pas. On est censé pouvoir faire tout et n’importe quoi, j’arrive même pas à courir, à marcher, oui mais pas longtemps.
Je suis dans un état physique qui est vraiment très compliqué. Je peux pas porter mon pack d’eau jusqu’à mon appartement. Pour mes études, j’ai dû prendre un appartement au rez de chaussée car monter les escaliers est difficile. Moi qui étais cavalière, je ne peux plus monter à cheval. Je suis vraiment à un stade où je ne peux rien faire, vraiment rien faire : un stade physique où je n’ai plus de forces.

EMMA : Qu’est ce que tu penses qui pourrait t’aider de la part de tes proches ?

DEBORA : continuer d’être là, car j’ai un gros souci avec le temps qui passe, j’arrive pas à faire passer le temps. Etre là et réussir à me faire passer un petit moment, dans la journée.

EMMA : qu’on te coupe de l’ennui ?

DEBORA : oui mais si vous me dites, on va regarder un film, non. Avec mon père, la dernière fois on est allés pêcher un peu, comme j’habite en corse, on a pu pêcher, c’est rien (cela paraît rien) mais cela m’a fait plaisir. On va aller se promener quelque part. On va faire quelque chose qui va occuper un peu de temps, histoire que je pense à autre chose. Après quand l’activité est finie, malheureusement la tête reprend le dessus, on revient à la vie réelle. Mais le temps qui est passé, est un bon qui est passé. M’aider à passer un bon moment, sans trop en demander, m’aide. Essayer de profiter du moment présent.

EMMA : c’est vrai que le trouble alimentaire ne définit pas une personne ; elle souffre d’un TCA mais il faut essayer de continuer à vivre autour et puis à trouver des moments de joie et des moments simples, c’est fondamental ; on ne pas tout orienter vers le trouble alimentaire. C’est très important d’essayer de trouver les petits bonheurs, les petites choses qui vont redonner l’envie,

DEBORA : oui, on peut passer deux ou trois heures et ne pas parler de ça. Par exemple, l’autre jour, on est allés faire du kayak avec mon père. On n’a pas pagayé longtemps, il a fini par me tracter parce que j’arrivais pas à aller loin, mais c’est pas pour autant qu’il m’a dit : “ah tu vois, t’as pas de forces t’es nulle, rends toi compte que ça va pas”. Non, on a passé ce petit temps, on fait comme si de rien n’était, comme si y avait eu beaucoup de vagues et que ça avait été compliqué parce qu’il y avait trop de vagues. Il m’a aidée, moi cela m’a fait plaisir parce que j’ai passé un moment avec lui et voilà. On n’a pas parlé de mes problèmes.

EMMA : et c’est peut être ça, le fait que les (certains est plus juste) soignants parfois sont trop axés sur le trouble alimentaire et le côté humain est un petit peu estompé. Je pense que c’est important de voir la personne dans sa globalité, quelle est la personne qui se cache derrière ce trouble en fait.

Les soins, actions et/ou comportements des thérapeutes qui aident, et ceux qui n’aident pas (dans le cas de Débora)

DEBORA : oui, des fois ma psychiatre, (ça me rend folle), elle me dit des phrases parfois, elle est très “cash” et moi aussi et ça monte très haut. Je pense que c’est une thérapie qui m’aide bien car il faut me bouger pour faire bouger les choses. Des fois, elle en a tellement marre de m’entendre dire que ça va pas, elle me dit : “Debora, à un moment donné, c’est pas moi qui vais te mettre la cuillère dans la bouche”. Si c’était si facile !… Elle essaie de dire cela pour me “piquer” mais c’est pas magique quoi !

EMMA : oui, on dit ” les mots sont des fenêtres ou bien ils sont des murs ” (titre d’un livre) : il y a des fois des phrases dures mais qui aident. Et des fois cela n’aide pas : le truc est qu’on ne peut jamais vraiment savoir exactement comment la personne va le prendre en fait ; cela est difficile.
Et dans les comportements ou les actions de professionnels, qu’est ce qui vraiment t’a desservie ? qu’est ce qui ne t’aide pas du tout ? et qu’est ce que tu penses qui pourrait t’aider ?

DEBORA : les protocoles d’isolement, ça ne m’aide pas c’est sûr. Cela m’a vraiment desservie. Je pense que j’ai besoin d’être en contact avec des gens. A l’heure actuelle, j’arrive plus à créer des liens. Quand je suis en contact avec des gens qui sont dans ma situation, cela m’aide plus que de rester enfermée sans parler à personne.

Le fait d’essayer d’intégrer une alimentation classique dès le départ : moi je pense qu’il faut le faire progressivement mais malheureusement, “ils” ont 50 ou 100 personnes, ils ne peuvent pas s’adapter à chacune pour les plateaux, c’est impossible.

Ce qui m’aide : j’ai mis très longtemps à accrocher mais maintenant la sophrologie me relaxe bien. Le soin dans le toucher : je suis quelqu’un (je pense que c’est particulier pour moi car il y a beaucoup d’anorexiques qui ne supportent pas qu’on les touche) qui adore aller faire des massages, des choses comme ça ; c’est vraiment la chose qui me détend. Aujourd’hui j’étais chez une masseuse avec qui je m’entend très bien, qui ne me traite pas pour mon trouble mais avec qui cela se passe très bien. Mais quand je passe des moments comme cela, cela m’aide vraiment.

EMMA : oui, en effet cela est bien décrit (dans les compléments de prise en charge TCA), la sophrologie, l’ostéopathie, les massages, la fasciathérapie, ce sont toutes des thérapies corporelles qui dé-stressent les personnes, qui les détendent.

DEBORA : oui je pense que ça c’est pas mal, mais après ce n’est pas trop développé ; à l’hôpital de jour, à part la sophrologie, ils ne savent pas trop quoi me faire faire d’autre.

EMMA : alors il y a la médiation qui peut plaire à certaines personnes, la yoga-thérapie

DEBORA : le Yoga, je n’ai jamais essayé. Après à un moment, j’ai essayé avec une autre psychologue une TCC, mais j’ai pas du tout accroché, avec moi cela n’a pas fonctionné, donc j’ai arrêté

EMMA : une thérapie cognitivo-comportementale,

DEBORA : après je sais que cela a bien marché pour certaines personnes

EMMA : oui c’est censé donner de bons résultats, ce sont des thérapies brèves, il y a plusieurs modèles. La TCC est censée aider en effet

DEBORA : encore une fois une présence ; quand je vais à l’hôpital, j’aime pas quand l’infirmière va s’occuper des autres, j’aimerai qu’elle parle tout le temps avec moi

EMMA : Et les thérapies de groupe, est ce que tu y a eu recours ? A des groupes de parole ?

DEBORA : encore une fois chez moi, je n’en ai pas trouvé, il y en a très peu des anorexiques ; j’en ai connu une, ici.

EMMA : Après il faut savoir que dans les TCA, il y en a la moitié qui n’est pas dépistée et pas traitée. C’est assez énorme

Le TCA créé un isolement

DEBORA : Et puis moi, c’est apparu vraiment après le bac, si j’avais été encore au lycée, peut être il y aurait eu d’autres personnes qui seraient venues me voir, des amies, ou autres en me disant : “moi aussi cela ne va pas de ce côté”. Et on aurait pu en discuter. Mais comme j’étais déjà sortie du milieu scolaire, je n’ai pas vraiment pu discuter avec des gens, j’étais vraiment isolée avec mon copain, et je n’ai pas pu vraiment en parler avec d’autres filles en fait.

EMMA : et tu as l’impression que ton histoire avec ton ami s’est terminée suite à ton trouble alimentaire ? Le TCA a t il eu une incidence sur ta relation avec lui ?

DEBORA : oui. Je pense qu’il y avait des choses à revoir sur notre couple. J’ai été très heureuse avec lui, je pense que lui aussi, mais je pense que la maladie nous a tué. Je ne lui en veux pas. Clairement, venir voir quelqu’un dans mon état pendant 4 mois, il a été très fort, prendre des avions tous les week end à 19 ans, tout le monde ne l’aurait pas fait, il a été là. Je pense que c’est le mieux pour lui de m’avoir quittée car il y a personne qui mérite de supporter ce qu’il a supporté pendant 4 mois. Là cela fait bientôt deux ans que je suis comme ça et je pense que c’est insupportable pour quelqu’un.

EMMA : c’est difficile, après, c’est des attitudes que l’on peut difficilement juger. Chacun essaie de se blinder comme il peut et il y a certains pour qui c’est insupportable qui préfèrent prendre leurs distances. Cela ne veut pas dire qu’après il n’y aura pas une complicité, une amitié, ou quelque chose qui va se renouer. C’est difficile, les TCA isolent beaucoup, cela fait le vide autour des gens.

DEBORA : oui avant j’étais très sociable, maintenant j’ai plus personne à qui parler. Même ma psychiatre parfois me dit : à 21 ans, c’est pas (uniquement) vers tes parents qu’il faut se tourner quand tu as quelque chose à dire, tu es censée avoir des ami(e)s. J’en ai plus.

EMMA : et au lycée, tu avais des bons amis ?

DEBORA : oui, mais là plus personne.

EMMA : et essaient ils de prendre de tes nouvelles ?

DEBORA : au départ oui, après je pense qu’il y en a qui ont eu peur. Et, toutes mes amies du cheval de l’époque. A l’heure actuelle c’est ma soeur qui a récupéré ma jument (j’avais une jument avec laquelle je faisais beaucoup de compétition) et c’est elle qui gère. Je peux encore aller au cheval les voir mais je pense qu’elles ont pris peur, elles ont peur. Même en me voyant, Avant je courrais partout, j’étais tout le temps en forme, et là j’arrive même plus à marcher. Elles ont peur, elles ont carrément reculé et elles ont peut être raison elles aussi. Et en fait on ne se parle plus. Et même moi, je n’arrive plus trop à aller au cheval en fait. Ma jument je pense que j’arrive plus à la voir. Je suis contente d’aller voir ma soeur quand elle est en concours avec car cela me fait super plaisir de les voir ensemble progresser. Mais moi, ma relation avec ma jument, il y a en plus.

EMMA : est ce que tu as identifié des causes du trouble alimentaire ? Il semblerait en parlant tout à l’heure que tu n’aies pas identifié de problèmes. (excepté le “petit régime” évoqué)

DEBORA : non, vraiment, encore une fois ma vie était parfaite avant.

Les émotions

EMMA : as tu l’impression que tu as de la difficulté à identifier tes émotions, à les exprimer, que tu as beaucoup de retenue vis à vis des gens ?

DEBORA : Il faut savoir que avant, j’étais quelqu’un qui ne pleurait jamais, j’étais imperturbable. Je faisais des compétitions, je n’ai jamais été stressée. Mes émotions étaient tues. Je n’avais pas d’émotions. Et maintenant, parfois je pleure, cela m’arrive de temps en temps. Mais, c’est peut être aussi la faiblesse physique qui veut qu’on pleure plus facilement. Je ressens plus les émotions maintenant qu’avant. Et c’est peut être grâce aux thérapies.

EMMA : en fait cela semble plutôt bon signe

DEBORA : oui, on dit que c’est bon de sentir ses émotions

EMMA : et des les extérioriser aussi. Est-ce que tu peux les confier à quelqu’un ? tes parents, ta soeur ?

DEBORA : oui, mais ce n’est pas facile d’en parler. Avec ma soeur, on ne parle pas du tout de ça.

EMMA : et ta soeur est en bonne santé ? elle n’a pas de soucis de TCA ? est elle plus âgée, plus jeune ?

DEBORA : non pas du tout (de TCA). Elle est au top de sa forme. Elle est plus jeune. Quand je la vois maintenant, elle a son copain, elle est en train de s’installer ; elle avance vraiment dans la vie, moi non … ça me fait super plaisir pour elle, mais moi j’ai envie d’être comme cela aussi.

Les projets, les études

EMMA : ça va venir, il ne fait jamais se décourager, c’est super important de l’avoir en tête. On voit que tu as envie d’évoluer, qu’est ce qui te fait envie ? qu’as tu comme projets ? peux tu poursuivre tes études ? comment cela se passe en ce moment, avec la maladie ?

DEBORA : là c’est vraiment compliqué, cette année est une année de perdue en fait. Depuis que j’ai fini le bac, je n’ai pu faire d’année (complète) d’école (Faculté). Avec les hospitalisations, je n’ai pas pu poursuivre. Cette année, j’ai voulu me remettre dedans (licence SVT) mais avec le Covid, cela n’a pas marché. J’aimerai bien continuer mais je ne sais même plus dans quoi. Finir mes études (?) , je ne sais pas ce que je vais pouvoir faire. Si je finis mes études, je vais travailler dans quoi dans mon état ? Je ne vais pas tenir une journée entière.

EMMA : si tu faisais abstraction de ton trouble alimentaire, qu’est ce que tu souhaiterais faire comme métier ? Y-a-t-il un métier que tu envisageais quand tu étais plus jeune ?

DEBORA : j’ai eu la super idée de commencer un BTS diététique après le bac, mais cela m’a été très fortement déconseillé par les médecins donc j’ai arrêté. Et sinon, travailler dans la recherche en biologie m’intéresse beaucoup.

si vous voulez écouter un exemple de "compatibilité" TCA/devenir diététicienne, voici le témoignage de résilience de Chloé, jeune femme qui est devenue diététicienne et ayant guéri d'un TCA, c'est par ici.

EMMA : et là, à la faculté, avais tu des cours à distance ?

DEBORA : oui, mais comme je n’arrive pas à rester à la maison devant mon ordinateur à écouter un prof, j’ai pas réussi.

EMMA : en effet, cette période de Covid est déjà très très difficile pour les personnes qui n’ont pas de TCA, cela isole les gens..

DEBORA : en fait je me suis tournée vers le pôle Handicap, je ne sais pas si c’est dans toutes les fac ; ils sont informés de ma situation et j’avais des aménagements quand même. Ils savent que c’est difficile pour moi

EMMA : si j’avais deux dernières questions , je voudrais savoir : si tu voyais une petite fille assez jeune qui souffrait d’un trouble alimentaire, comment te comporterais tu avec elle si toi tu devais l’aider ?

DEBORA : j’essayerai de rester avec elle et de passer du temps avec elle. Ne pas la laisser toute seule, essayer d’être son amie. On a besoin d’amis, des gens qui s’intéressent vraiment à nous et pas des gens qui s’en foutent. Après je pense qu’il faut savoir dire les choses à certains moments, mais aussi savoir passer des moments sans dire les choses, faire comme si de rien n’était. Je l’informerai vraiment (au début des troubles). A 14 ans quand j’ai commencé à avoir des troubles, pour moi (projection) à 21 ans, j’étais installée dans mon appartement, en couple depuis des années, bientôt j’avais un métier ou j’étais en plein dans mes études à fond dedans ; je ne pensais pas être comme cela à 21 ans ! Là je suis au niveau zéro, je ne suis pas indépendante financièrement, c’est n’importe quoi. J’essaierai de lui montrer des gens pus tard, et lui dire regarde là où tu vas, ou est-ce que tu veux aller vers la vie que t’imagines pour l’instant.

EMMA : donner une direction.

DEBORA : chaque petite fille sera différente en fait. On est toutes très différentes. Déjà être là, c’est déjà beaucoup.

Le choix des outils thérapeutiques

EMMA : vers quels outils aimerais tu te tourner ? qu’est ce qui pourrait t’aider dans la prise en charge ?

DEBORA : le bien être, les soins en rapport au corps, la présence, discuter, sans forcément parler de la maladie. J’ai des infirmières avec qui on discute de tout et de rien pendant des heures. Après franchement je ne sais pas trop ce qui pourrait m’aider car même moi j’ai du mal à comprendre si je vais réussir à être aidée. Passer le temps, tout ce qui peut me faire passer du temps. Car c’est un enfer, je regarde l’heure toutes les deux secondes. C’est horrible. Faut savoir que j’habite à une heure trente de chez mes parents. Je ne veux pas habiter chez eux. J’en suis tellement à un stade où je ne sais pas comment occuper mes journées. Je vais aller les voir peut être une heure mais cela sera aussi trois heures de route occupées dans la journée. Quand je roule, le temps passe, bizarrement.

EMMA : dans les témoignages j’ai souvent entendu “il faut sortir de sa tête”

DEBORA : oui quand je roule, je pense à autre chose. oui c’est vraiment le temps, l’heure qui passe est mon angoisse, je crois que c’est la plus grosse de mes angoisses.

EMMA : l‘angoisse et l’anxiété jouent en effet un rôle énorme dans les troubles alimentaires. Il faut arriver à trouver ce qui peut te correspondre pour faire diminuer l’angoisse et l’anxiété. Je reviens sur les thérapies médicamenteuses. Tu disais que tu ne souhaitais avoir de médicaments pour la dépression. Il y a des méthodes prouvées, telles que la mindfullness (= la méditation de pleine conscience, ou méditation MBSR), qui donnent des résultats aussi bons que les antidépresseurs dans bien des cas, je ne sais pas si tu en as entendu parlé.

DEBORA : les soins énergétiques, tout ça, j’ai déjà essayé. La méditation pas plus que cela, mais à voir, je vais me renseigner.

EMMA : il y a des programmes de méditation de plein conscience accessibles sur internet par exemple.

DEBORA : après, j’ai essayé des solutions naturelles, et cela n’a pas trop fonctionné donc j’ai arrêté. J’avais consulté un naturopathe, j’avais essayé des fleurs de Bach, des choses comme cela.

EMMA : as tu essayé le millepertuis ?

DEBORA : non je n’ai pas essayé.

EMMA : c’est de la phytothérapie, cela marche assez bien sur les états dépressifs, et peut être une solution à essayer si tu ne souhaites pas essayer les médicaments allopathiques traditionnels, qui c’est vrai ont des effets secondaires, cela peut être une piste à creuser en te rapprochant de thérapeutes, et/ou de naturopathes ; il faut essayer de trouver des pistes, qui te paraissent plus acceptables et qui te permettent de cheminer.

DEBORA : Oui, mais encore une fois il y a l’aspect financier : c’est pas facile, car j’ai 21 ans, je suis encore dépendante de mes parents et j’ai limite honte de leur dire : “il faudrait que je consulte un naturopathe”, car ce sont des choses qui ne sont pas remboursées. A chaque fois je suis obligée de demander de l’argent à mes parents, et au bout d’un moment, cela me gène. Ils me payent déjà un appartement toute l’année.

EMMA : après, il n’y a pas forcément besoin d’un grand nombre de consultations.

DEBORA : j’ai déjà consulté un naturopathe. Je sais que mes parents ne me diraient pas non, mais à un moment donné, j’en ai marre de … (les solliciter). C’est déjà un poids, d’être un poids pour les gens, mais en plus, en étant la personne que je suis avec mon trouble, si je leur fais dépenser ce qu’ils ont, c’est encore un poids en plus pour moi. Je m’en veux d’être comme cela, je suis plus dépendante que ma petite soeur, qui a déjà un salaire.

EMMA : oui, mais cela est inhibant, parce qu’en fait tu t’autocensures, il faudrait à arriver à dépasser ce stade car tes parents, tout ce qu’ils veulent est que tu puisses aller mieux.

Connais tu les TCA chez les animaux ?

J’ai une dernière question : sais tu que les troubles alimentaires d’origine émotionnelle et(/ou) comportementale existent aussi chez les animaux ? En as tu déjà entendu parler ?

DEBORA : oui, je le sais mais je n’ai jamais connu. Après je me rappelle que quand j’étais à la clinique, j’avais une amie qui avait un chat qui avait été mis sous anti dépresseurs parce qu’elle même était en clinique, alors peut être qu’il a eu ça.

EMMA : alors, tout à fait (sous entendu possible), les chats sont très sensibles au stress et ils peuvent faire de l’anorexie (entre autres) à cause du stress, et en quelques jours, cela va occasionner un processus métabolique (la lipidose hépatique) qui va encore plus les empêcher de manger. Ce sont des affections pour lesquelles on est parfois amené à poser des sondes d’alimentation. Mais cela n’est qu’une des phases du problème, il faut effectuer une prise en charge pluri disciplinaire comme on le fait chez l’humain. Car si on renourrit juste et qu’on ne traite pas la cause, cela ne suffira pas à améliorer l’animal. La clé est (aussi) de juguler le stress et l’anxiété qui ont pu aboutir à ce trouble alimentaire chez les félins. Ceci est assez bien connu, notamment chez les félins qui vivent dans les pays développés. Donc on ne peut pas soustraire l’individu de son environnement ni l’accuser d’être responsable de ses maux en fait. Je pense qu’il faut dans ces affections là (les TCA) diminuer le stress des patients, apporter de l’affection, de la présence.

(Et donc, chez l’humain), Ne pas prendre le patient comme une personne qui est juste atteint de TCA, mais une personne à part entière. Une personne n’est pas définie par son trouble, elle a un problème à un moment donné.

DEBORA : oui dans la clinique où j’étais, ils travaillaient beaucoup la dessus : ils nous faisaient écrire des lettres en tant que Debora, et en tant que anorexique. Ils nous apprenaient vraiment à faire la part des choses : il y a toi au fond, ok il y a cette maladie, mais tu es là toi aussi.

EMMA : voilà, c’est souvent une peur d’exister en fait, il y a une inhibition qui est très importante, qui empêche l’individu d’aller de l’avant ; il faut arriver à lever toutes ces inhibitions qui l’empêchent d’aller de l’avant et de rentrer dans la vie. Certes, Il y a un degré de conscience chez l’humain plus élevé que chez l’animal, mais il y a beaucoup d’inconscient aussi, (en plus) du stress, de l’anxiété, de phénomènes traumatisants (ou pas d’ailleurs) ; mais peu importe, lorsque le trouble est là, on veut aider l’humain, ou l’animal à s’en sortir. Il faut essayer de prendre tous les aspects du problème : l’aspect nutritionnel est important, mais il ne faut négliger les causes profondes qui ont amener l’individu à souffrir de TCA.
L’aspect médicamenteux peut aider mais l’instauration d’un lien de confiance avec les gens est fondamental, tu l’auras bien souligné. Je pense que c’est ce que tu attends de la part de thérapeutes, il faut arriver à créer des relations de confiance avec une équipe qui puisse t’aider.

DEBORA : oui mais ce n’est pas facile. J’en ai essayé beaucoup.

EMMA : il ne faut pas se décourager en tout cas, il y a beaucoup de témoignages de gens qui ont souffert de TCA pendant des années, des décennies parfois, et qui arrivent à voir le bout du tunnel. Chaque hospitalisation leur apporte des choses. Ils travaillent en dehors des hospitalisations.

Il faut cheminer soi même et arriver à avoir les éléments de compréhension de son TCA. La compréhension, c’est une chose, mais ensuite il faut arriver à développer les outils qui vont permettent de sortir du trouble.

ET parmi les outils, il y a une palette énorme, et même en dehors de l’hôpital. Et ça, il y a même parfois des gens qui ne connaissent pas les TCA, et qui ne vont pas juger les personnes et cela aide parfois beaucoup plus que des médecins ou des psy car ils ne vont juger la personne comme étant juste ce trouble en fait (biais : ou bien la personne malade ne se “sent” pas ou se sent moins jugée par les professionnels para médicaux ou non médicaux). Il y a des témoignages en ce sens là.

Être bienveillant et attentionné sont des qualités indispensables aux soins.

On le voit aussi dans la relation avec l’animal, on est souvent amené à leur faire des injections ou des actes qui sont susceptibles de leur faire mal, et pour cela ils ne nous aiment pas ! Nous voulons les aider, mais eux dans ces cas là, ils ne nous aiment pas. Et alors, il est très important d’avoir la participation du propriétaire car l’animal a confiance en lui : le propriétaire nous aide vraiment à soigner. En ce sens, la famille, l’entourage proche, doit comprendre ce qu’est un TCA et comment ils peuvent aider leur proche car ce sont des facteurs de guérison qui sont énormes. C’est un message à faire passer aussi, car en plus des soignants, il y a la confiance et la proximité de l’entourage qui peut débloquer beaucoup de situations dans ces troubles.

DEBORA : oui, moi j’ai la chance d’avoir une famille qui est là.

EMMA : oui, cela va finir par se décanter. Il faut aussi essayer d’autres équipes, tenter une autre hospitalisation, voir ce qui peut t’aider à sortir de cette situation.

DEBORA : Je vais voir ce qui peut être fait, et j’espère que je vous rappellerai pour vous dire que je vais mieux.

EMMA : oui, je te lance un défi, dans un an, on refait un bilan, et moi je suis sure que tu auras progressé !

DEBORA : en tout cas, je vais continuer à suivre le blog

EMMA : je t’enverrai les liens et je te remercie infiniment d’avoir témoigné, c’est très précieux et je pense que cela aidera d’autres personnes dans ton cas (à mieux comprendre l’anorexie)

DEBORA : oui, j’aimerai que cela permette à des gens de savoir ce qu’on vit car il y a tellement de gens qui ne savent même pas ce que c’est que l’anorexie. Pour eux l’anorexie, c’est la fille qui est un peu mince et qui fait la belle sur la plage. J’ai dépassé le stade où je peux ressembler à quelque chose de beau sur une plage.

EMMA : oui, il faut casser ces stéréotypes, mais heureusement, c’est en train de venir. Il faut savoir ce que la personne malade vit. Moi je suis sure que tu vas pouvoir cheminer et avancer. On refait cette interview l’année prochaine : entre temps, il faut essayer d’avoir des objectifs d’aller voir tel et tel thérapeute. Et essayer de faire comprendre à ma famille, mes proches, mes amis, de quoi il s’agit (le TCA), et essayer d’avancer dans la prise en charge de ce trouble.

DEBORA : et ben, rendez vous dans un an.

EMMA : merci beaucoup d’avoir témoigné !

Pour résumer succintement, je tiens à rappeler les messages qui ressortent de ce témoignage :

  • être présent avec le malade (rompre l’isolement),
  • l’accompagner sans jugement et dans la bienveillance afin d’instaurer la confiance,
  • les soins psycho-corporels comme outils souvent précieux dans la gestion du stress et des émotions,
  • l’accompagnement et la guidance de la famille et des proches comme co-thérapeutes par les professionnels de santé.

A tous mes lecteurs et lectrices, je demande une vague de commentaires bienveillants et réconfortants sous cet article , afin d’encourager Debora dans son parcours de soins. En effet, deux mois après, elle est retournée en hospitalisation à temps complet pour la prise en charge de son TCA

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3 commentaires sur « Témoignage vidéo d’une personne souffrant d’anorexie mentale, deuxième partie »

  1. J ai tellement envie que Debora aille mieux. Je suis d accord avec elle qd elle dit qu elle aimerait qu on la voie comme une personne «  normale » et qu on lui parle d autres choses que sa maladie. Le regard des autres est important. Se sentir «  normale » belle dedans et dehors, se sentir aimée pour ce qu on est. Et puis si Debora reprend des forces, le sport est un remède…vraiment. Il permet d aimer son corps un peu mieux, de le choyer, de se dépasser, de rencontrer des gens : la danse, la course à pied, la randonnée, la natation…. Ce soir, je pense beaucoup à elle et je l incite à croire en elle, en sa force. Déborah est intelligente et a des parents qui l aiment et je crois vraiment qu elle y arrivera.

    1. En effet, une fois le danger vital éloigné, les batteries corporelles et psychiques rechargées, il y a de nombreux témoignages que le sport aide à guérir ; il s’agit de le considérer comme son allié, de ne pas développer d’obsession du sport, de le pratiquer avec plaisir, et d’écouter son corps afin d’éviter le surentrainement. Mon fils qui adore le sport a dû passer une ostéodensitométrie (lorsqu’il était presque guéri) afin d’évaluer s’il pouvait reprendre sans danger ni risque de fractures. Il a fallu patienter un peu mais ça a été encore plus de plaisir lorsqu’il a pu reprendre. Je souhaite à Débora de pouvoir reprendre une activité sportive lorsque cela sera possible pour elle. Heureusement, dans les hôpitaux, il y a des “activités physiques adaptées” à chaque patient et à leur pathologie. Merci pour ce soutien à Débora 🙂

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