Utilisation de la calorimétrie dans le diagnostic et le suivi de l’anorexie mentale

L’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire, ou trouble de conduites alimentaires.

La personne qui souffre d’anorexie mène un combat acharné et dangereux contre toute prise de poids. Elle est la victime de nombreuses peurs irraisonnées pouvant s’apparenter à de véritables phobies en lien avec les conséquences de s’alimenter, comme prendre du poids ou devenir obèse. Le résultat est une restriction alimentaire obstinée et souvent dangereuse.
Au début du trouble, un régime hypocalorique est impliqué dans environ 75 % des cas. Dans les autres cas, des traumatismes psychiques surviennent, des contextes particuliers (sportifs par exemple) ou bien une autre maladie responsable d’une perte de poids (gastro-entérite).

Cette maladie complexe nécessite donc un diagnostic rapide, et une prise en charge pluri-disciplinaire. La calorimétrie fait partie des outils diagnostiques et de suivi utilisés dans ce trouble alimentaire.

Dans cet article, nous allons voir quels sont les besoins énergétiques du corps, puis l’usage de la calorimétrie dans le diagnostic et le suivi de l’anorexie mentale.

Les besoins énergétiques du corps

Considérations chimiques et métaboliques

Vous connaissez sans doute le dicton :

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

Antoine Lavoisier, traité élémentaire de chimie 1789

Or, chez les êtres vivants, aucun système n’a de rendement égal à 100%.
Et d’autre part, le fait de se maintenir en santé nécessite de fournir plus d’énergie, nécessaire aux transformations et donc au métabolisme (au fonctionnement global du corps), que l’énergie contenue dans les molécules réagissant dans les êtres vivants.

Les êtres vivants ne créent pas d’énergie à partir de rien, ils l’extraient du leur milieu puis la transforment afin de l’utiliser pour leurs besoins. Chez les animaux dont l’homme, l’énergie est extraite des aliments. Les aliments contiennent des macro nutriments (protéines, lipides, glucides) et des micro-nutriments (oligo-éléments). Ce sont les macro-nutriments qui vont fournir de l’énergie classiquement exprimée en Kilocalories (qui est une unité de chaleur).

Les besoins énergétiques du corps

Les besoins énergétiques correspondent donc aux besoins caloriques du corps.

Ces besoins peuvent classés de différentes façons dont la suivante :

Les besoins énergétiques de repos

Ils correspondent aux besoins de base nécessaires pour maintenir le fonctionnement au repos de tous nos organes : coeur (9%), poumons, reins (7%), cerveau (20 %), muscles (25%), foie (25 %)…

Ils varient entre 45 et 65 % des besoins énergétiques totaux du corps. Pour un individu sportif ou très actif, cela sera plutôt 45 % alors que pour un individu sédentaire cela peut approcher des 65 %.

Les besoins énergétiques liés à la digestion et assimilation

Ils correspondent à l’énergie dont notre système digestif à besoin pour réaliser toutes les étapes de la digestion jusqu’à l’assimilation des nutriments. Ils représentent en moyenne entre 16 et 20 % du besoin énergétique total.

Les besoins de l’exercice

Ils correspondent aux besoins liés à la mise en mouvement du corps et varient en gros de 17 à 31 % (avec des extrêmes de 15 à 60 %) des besoins énergétiques totaux. Cette valeur sera plutôt basse pour un individu très sédentaire, et élevée pour un sportif de haut niveau.

Les besoins de thermorégulation

Ces sont les besoins nécessaires à la régulation et au maintien de la température corporelle. Chez l’homme, elle est de 37 °C (+/- 0,8 °). La norme serait maintenant redéfinie à 36,6 °C depuis l’amélioration des conditions de vie.
Cette dépense varie globalement entre 2 et 4 % des nos besoins énergétiques totaux. On comprendra aisément qu’un individu vivant au pôle Nord ait une dépense énergétique de thermorégulation bien supérieure à celle d’un individu vivant dans les pays tempérés.

Les personnes souffrant d’anorexie avec IMC inférieur aux normes ont en général toujours froid voire extrêmement froid selon la gravité de leur maladie, car leurs apports énergétiques sont insuffisants pour assurer leur thermorégulation d’une part, et d’autre part, ils n’ont pas ou peu de tissu adipeux permettant de les isoler du froid. Ces personnes portent souvent plusieurs couches de vêtements pour se protéger du froid et /ou dissimuler leur maladie.
Dans certains cas, notamment les cas sévères dans lesquels l’addiction est très forte, elles ne se couvrent pas, ce qui augmente encore la dépense énergétique du corps et accentue la dénutrition. C’est un cercle vicieux.

Répartition en pourcentage des différents besoins énergétiques par rapport aux besoins totaux

Répartition en pourcentage des 4 types de besoins énergétiques dans le besoin énergétique global (source ici)

Des exemples pratiques d’usage de la calorimétrie

La calorimétrie directe

On considère que la dépense énergétique correspond à la production de chaleur de l’individu. Pour cela on met le patient dans
une chambre qui va recueillir la chaleur, puis on va quantifier la chaleur produite dans cette chambre.
C’est une méthode rigoureuse mais qui n’est pas simple donc surtout utilisée en recherche sur de petits effectifs, ce n’est pas un examen de routine.

La fiabilité des méthodes de calculs des besoins de base (voir paragraphe « le calcul des besoins caloriques ») étant discutée, on peut avoir recours à la calorimétrie indirecte dans les hôpitaux notamment, la nutrition étant un facteur indispensable dans la prise en charge de toute maladie.

La calorimétrie indirecte

Cette technique mesure la dépense énergétique par la production de dioxyde de carbone (CO2) et la consommation d’oxygène (O2) dans un intervalle de temps donné. On mesure ces deux concentrations dans l’air ambiant et dans l’air expiré ainsi que le débit de ces gaz. Ensuite, des équations connues permettent de passer de l’oxygène consommé et du dioxyde de carbone produit à la dépense énergétique respective de protéines, glucides et lipides oxydés. Certains services hospitaliers disposent de ce matériel.

Examen de calorimétrie indirecte (source ici)

La calorimétrie peut se révéler intéressante pour aiguiller sur la gravité et le stade de l’anorexie mentale dans le diagnostic, et son suivi un bon indicateur dans l’efficacité de la renutrition. Une étude intéressante corrèle la température abdominale avec des éléments métaboliques et le niveau d’activité physique. On sait maintenant que l’anorexie mentale est un syndrome métabolico-psychiatrique et qu’il y existe bien des facteurs de vulnérabilité d’un point de vue métabolique.

Selon le stade de l’anorexie mentale, les résultats de la calorimétrie vont varier. En tout début de maladie, si la personne part d’un léger surpoids, sa calorimétrie peut augmenter car son ratio de masse maigre augmente et l’hyperactivité peut la concerner. Puis si son poids descend en dessous de l’IMC normal et qu’une dénutrition s’installe, le corps va adapter sa dépense énergétique au repos pour survivre, donc la valeur de la calorimétrie va baisser en dessous de valeurs usuelles. En phase de renutrition, la valeur de calorimétrie doit normalement remonter, et parfois dépasse les valeurs usuelles (c’est le cas pour les personnes très sportives ou hyperactives).

pièges : Une calorimétrie normale n’exclut pas une anorexie de type anorexie boulimie car la personne peut avoir un IMC normal. Une calorimétrie élevée ne signifie pas non plus une anomalie de santé : des grands sportifs exempts de TCA ont des valeurs supérieures aux valeurs classiques. La calorimétrie reflète donc le métabolisme de base d’un individu à un instant donné. Des valeurs non usuelles ne signifient pas TCA, des valeurs usuelles ne signifient pas absence de TCA.

Nous avons vu qu’il existe deux méthodes de mesure de la calorimétrie, directe et indirecte. Voyons à présent, une méthode de calcul de la dépense énergétique basale puis quels sont ensuite les besoins énergétiques totaux.

Le calcul des besoins caloriques

Au repos

Pour calculer les besoins énergétiques du corps au repos (exprimés en Kcal/jour), les professionnels de santé, outre la calorimétrie directe ou indirecte, peuvent se rapporter à des formules mathématiques.

La formule la plus connue est celle de Harris et Benedict et implique 4 facteurs que sont le sexe, le poids, la taille et l’âge.
Elle sert à calculer le besoin énergétique AU REPOS. Elle est fonction de la masse maigre d’un individu à 80-90 %. Le besoin énergétique au repos dépend aussi de facteurs génétiques (pour environ 20 %).

La formule utilisée chez l’homme est :

Besoin énergétique au repos : BER = 66.47 + (5.01*taille en cm +13.75 * poids en kg – 6.75* âge en années)

Celle utilisée chez la femme est :

BER = 655.1 +(1.85*taille en cm + 9.96 *poids en kg – 4.88* âge)

Le besoin énergétique au repos est donc bien en deçà des besoins totaux puisque le besoin au repos ne représente que 45 à 65 % des besoins totaux. Ce pourcentage est même parfois plus bas que 45 % chez les sportifs de haut niveau.

Il semblerait que ces méthodes de calculs soient très peu utilisées. La calorimétrie indirecte et le calcul des besoins journaliers globaux sont les plus utilisés en nutrition.

Les besoins journaliers globaux

Pour calculer rapidement votre dépense énergétique globale, l’association Autrement vous permet ceci automatiquement et facilement, c’est par ici !
Ce calcul plus fiable et plus complet que la formule de Harris, tient compte d’autres facteurs tels que l’activité physique.

Si ce calcul vous effraie, ne vous en préoccupez pas et référez vous à des professionnels de santé compétents en troubles du comportement alimentaires et faites leur confiance.

Si vous vous sentez plus à l’aise, que vous avez passé le stade du déni, que vous vous inscrivez dans une démarche active de guérir et que vous êtes pris(e) en charge, il est intéressant d’étudier ce calcul dans votre cas. Avec deux références : celle du poids réel, et celle du poids minimum à atteindre pour être en santé (en général au moins correspondant à la valeur minimale de l’IMC).
Cela donne des bases tangibles et scientifiques pour se fixer un objectif et peut aider à avancer. Mais sans que cela soit obsessionnel ! Donc à faire de temps en temps, pas plus que la pesée. Cette fréquence est à déterminer avec les professionnels de santé justement selon votre propre bilan physique et psychique . C’est souvent toutes les semaines mais dépend vraiment du stade de la maladie. Il est très néfaste d’avoir cette obsession des chiffres (que ce soit les calories ou le poids) pour la santé mentale.

A titre d’exemple, le besoin énergétique total pour une jeune femme de 20 ans de 1m65 pesant 40 kg et étant active est d’environ 2250 kcal dont 1245 pour les besoins au repos. Pour les mêmes données excepté le poids à 55 kg, les besoins caloriques sont de 2500 Kcal dont 1390 au repos. En phase de renutrition, les apports sont plus souvent plus élevés et déterminés par l’équipe soignante. L’augmentation se fait progressivement.

En conclusion, l’anorexie mentale est maintenant bien reconnue comme une maladie métabolico-psychiatrique. La calorimétrie indirecte est un outil qui utilisé surtout en milieu hospitalier (par exemple dans les centres spécialisés en TCA dans les grandes villes). Elle peut donner le reflet du métabolisme basal de l’individu et son évolution au cours de la maladie est intéressante afin d’évaluer l’efficacité thérapeutique de la renutrition.

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sources :

1/Anorexie mentale, boulimie, compulsions alimentaires et troubles du comportement alimentaire – Comment calculer les besoins chez le patient obèse ou dénutri ? – Association Autrement (anorexie-et-boulimie.fr)
2/Température abdominale et anorexie mentale : marqueur simple de sévérité clinique ? (encephale.com)
3/malnutrition_et_calorimetrie_indirecte_va_-_pr_faroudy.pdf (web-saraf.net)
4/Centre référent pour l’anorexie et les troubles du comportement alimentaire de Lyon (CREATyon) | Hôpital Pierre Wertheimer * HCL (chu-lyon.fr)
5/prise en charge de l’anorexie mentale en réanimation
6/comportement alimentaire et dépense énergétiques
7/Prise en charge de l’anorexie mentale – Clinique Saint-Yves (clinique-styves.fr)
8/Modalités de prise en charge nutritionnelle des
adolescents atteints d’anorexie mentale au Centre
Psychothérapique de Nancy

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