une clé de lutte de contre l’anorexie mentale : modifier ses habitudes

Quatre vingt dix neuf (99 %) de nos actions reposent sur des habitudes !

Et lorsqu’elles sont mauvaises, cela pose réellement un problème, notamment concernant des personnes atteintes d’anorexie mentale ; ces individus sont parfois, voire même souvent très résistants au changement : la maladie elle même contribue à cette résistance car elle agit comme une “drogue”. Or pour combattre la maladie, il est nécessaire d’introduire de petits changements, tous les jours, pour avancer ainsi pas à pas vers la guérison.

 

Qu’est ce que l’habitude?

Voyez comment René François Sully Prudhomme décortique l’habitude à travers ce poème.

Comment s’insinuent nos habitudes dans notre quotidien ?

 

L’habitude est une étrangère

Qui supplante en nous la raison : 

C’est une ancienne ménagère

Qui s’installe dans la maison.

 

Elle est discrète, humble, fidèle,

Familière avec tous les coins ; 

On ne s’occupe jamais d’elle,

car elle a d’invisibles soins : 

 

Elle conduit les pieds de l’homme,

Sait le chemin qu’il eût choisi,

Connaît son but sans qu’il le nomme

Et lui dit tout bas : “par ici”.

 

Travaillant pour nous en silence,

D’un geste sûr, toujours pareil,

Elle a l’oeil de la vigilance, 

Les lèvres douces du sommeil.

 

Mais imprudent qui s’abandonne

A son joug une fois porté!

Cette vieille au pas monotone

Endort la jeune liberté ; 

 

Et toux ceux que sa force obscure

A gagnés insensiblement

Sont des hommes par la figure, 

Des choses par le mouvement.

 

Pourquoi pose-t-elle problème?

On peut donc voir que l’habitude est sournoise, elle s’insinue dans nos vies sans forcément faire grand bruit, et lorsqu’il s’agit de perfectionnisme, de mésestime de soi, de restriction alimentaire, d’hyperactivité physique,  ces habitudes contribuent à l’installation d’abord de comportements alimentaires déviants (ou troubles du comportement alimentaire) qui mènent parfois à une maladie psychosomatique grave, l’anorexie mentale.

Alors, pourquoi est- il si difficile de changer nos habitudes?

Comment changer de façon pérenne et dans de bonnes conditions?

Craignez vous le changement et pourquoi?

 

Autant de questions auxquelles il est intéressant de réfléchir puis de répondre, surtout lors de troubles du comportement alimentaire. Souvenez vous, lors des présidentielles de 2012, un slogan phare pour redresser la situation française de notre ancien président de la République était : “le changement, c’est maintenant !”

Chaque individu souffrant de TCA devra trouver sa  ou ses réponses afin d’instaurer des changements progressifs et durables et s’extirper du joug de la maladie.

 

Selon Christophe André, “c’est parfois un miracle de changer ses habitudes dans sa vie, tellement il y a d’obstacles ou de freins”.

Effectivement selon James Teboul, le changement est difficile car il faut changer les habitudes et le cerveau n’aime pas le changement ; il va changer par glissements successifs, tout doucement, car le cerveau n’aime pas la révolution. Ce sont des données récentes prouvées par les neurosciences.

Ceci explique pourquoi la prise en charge des  individus souffrant d’anorexie mentale  (dont les comportements  sont devenus chroniques) est plus délicate et le pronostic plus réservé.

Si les troubles du comportement alimentaires sont ancrés dans le quotidien depuis des années, de nombreux patients en souffrance chronique pensent qu’ils ne pourront jamais s’en défaire, qu’ils devront vivre avec.

 

Et pourtant, il est bel et bien possible de contrer cette maladie, de nombreuses personnes en témoignent, comme par exemple, Nicole Desportes, dans son livre “Voyage jusqu’au bout de la vie“, qui s’en est sortie au bout de 25 ans d’anorexie.

Barbara Leblanc, évoque aussi son combat dans son livre “Dix ans de chaos“.

Alexia Savey, jeune et brillante auteure, toujours dans le combat, publie un recueil extrêmement touchant de cette lutte acharnée dans “la faim du petit poids“.

 

Christophe André explique que, dans son métier de psychiatre, le changement des habitudes constitue le coeur des attentes des personnes qui viennent en consultation, et cela leur est très difficile.

 

Comment changer les habitudes des personnes souffrant de TCA et notamment d’anorexie ?

La clé du succès est la méthode des petits pas, il faudra vraiment une progression très lente.

Si vous changez de 1% par jour, au bout de deux mois, vous vous serez amélioré de 60 %.

 

La première étape est de clarifier ses attentes, c’est à dire de définir très précisément  ses objectifs en les couchant sur le papier. Quels pourraient être ces objectifs, concrètement ?

  • Chez les individus souffrant d’anorexie mentale, la première et meilleure des décisions est de se faire accompagner par une équipe médicale pluridisciplinaire formée dans les TCA.

 

  • Le objectif consiste à prendre soin de soi (care giving) comme le ferait une mère bienveillante avec son petit. Voyez plutôt:

 

On peut décliner le soin de soi en : soins du corps, soin du psychisme, des émotions. De nombreuses disciplines permettent de procurer ces soins, alliant parfois soins du psychisme et du corps en même temps : yoga, relaxation, méditation, sophrologie, massages, psychomotricité.. la liste peut être très longue.

  • La personne malade doit développer de l’auto bienveillance, de l’auto compassion ; elle peut pratiquer le monologue positif. Il est important que le malade apprenne l’acceptation, de soi, de son corps, de ses émotions, de sa maladie. L’analyse de ses émotions, qui peuvent mener à des pensées négatives et/ou erronées est cruciale, et permettra de prendre de la distance, du recul via à vis des émotions négatives et d’être moins submergé par elles. Une psychothérapie, notamment les approches cognitivo comportementales peuvent être utilisées pour parvenir à cela.

 

  • Chaque personne souffrant d’anorexie doit chercher à déterrer les traumatismes de l’enfance, de l’adolescence, ou de l’âge adulte en utilisant la psychothérapie, l’hypnose, l’EMDR, … et pourra panser ainsi ses plaies.

 

  • il est important de supprimer la balance et la pesée (s’en remettre pour cela au corps médical avec des intervalles raisonnables), et supprimer le comptage des calories.

 

  • se réapproprier de bonnes habitudes alimentaires, que ce soit en quantité et en qualité par rapport à ses propres besoins (croissance, activité physique…) : pour cela, se rapprocher d’un diététicien spécialiste en TCA, ou d’un médecin nutritionniste.

L’idéal est de réapprendre à se nourrir en dehors de l’hôpital, c’est à dire en ambulatoire, excepté lorsque les individus anorexiques sont dénutris et ne parviennent plus du tout à manger : dans ce cas, une hospitalisation s’avère nécessaire ainsi que la pose d’une sonde d’alimentation, sur décision de l’équipe médicale.

Lorsque l’individu est très “frugal” et/ou peu motivé dans la préparation des repas, il peut s’aider efficacement des compléments alimentaires liquides (type Fresubin, Delical…) qui seront faciles à digérer et limiteront l’inconfort digestif ; ces compléments représentent un filet de sécurité le temps que l’individu reprenne une alimentation plus traditionnelle et diversifiée.

Enfin, réapprendre le plaisir de manger, en jouant sur les couleurs, les accords de saveurs. Alexia Savey est une pionnière dans l’art de solliciter les grands chefs cuisiniers : elle leur a lancé le défi de lui concocter des petits plats qui pourraient séduire ses papilles endormies afin de lutter contre sa maladie. Petite mise en appétit en observant quelques plats de chefs :

 

                                                         

 

Une fois cette liste d’objectifs définie et personnalisée, l’individu malade a besoin de…….

Mettre en application au quotidien par la méthode des petits pas !

Les idées c’est bien, les appliquer c’est mieux!

Beaucoup de malades se plaignent de la difficulté à mettre en oeuvre ce qu’ils voudraient accomplir pour guérir. C’est légitime car l’anorexie une fois ancrée est une maladie. C’est pourquoi il ne faut pas cheminer seul mais accompagné médicalement, psychologiquement, et socialement (amis, famille, ceux qui comprennent la maladie et apportent un soutien enveloppant et non jugeant car le contraire fait plus de dégâts).

Une fois intégrée la nécessité du changement des habitudes quotidiennes, la réalisation d’un agenda quotidien permet de noter ses objectifs, chaque jour, en nombre raisonnable (trois par exemple) et atteignables (on ne gravit pas le Mont Blanc en une heure!). Les personnes manuelles préférons le papier, la plume, les couleurs ; d’autres, plus “geeks” pourront utiliser leur smartphone avec l’application Habitica, qui leur servira de véritable coach au quotidien.

Règle d’or numéro un :  si l’objectif choisi comme réalisable n’est pas atteint dans le temps voulu, la personne atteinte de TCA ne doit pas se flageller pour cela! Elle doit se souvenir de pratiquer l’auto compassion, l’autobienveillance et remettre la partie non accomplie au lendemain, et ceci tant que l’objectif ne sera pas atteint.

Deuxième règle d’or, chaque palier d’objectifs franchis doit amener à célébrer une victoire, victoire sur soi (ses démons), victoire sur la maladie. S’accorder des plaisirs sains et partagés renforcent la motivation de poursuivre dans cette voie !

 

 

En conclusion, on constate  combien le changement des habitudes est important pour se sortir de cette maladie, et que ce changement a un “coût” : en effet, le changement est perçu comme une menace à la routine et à la sécurité (données des neurosciences, en rapport avec l’évolution) : mais lorsque la maladie prend le dessus, l’individu est bien loin d’être en sécurité.

Et tout ce qui est perçu comme une menace à la routine et à la sécurité provoque une résistance émotionnelle.

Chaque malade, une fois convaincu de la nécessité du changement, pourra définir ses propres objectifs (atteignables et réalistes), utiliser la technique des petits pas chaque jour pour s’en rapprocher progressivement et s’entourer d’une équipe médicale compétente en TCA qui pourra l’aider à mettre en oeuvre ces changements et croquer la  vie sans TCA !

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