L’anorexie chez les sportifs

L’activité physique modérée et régulière contribue au bien être physique mais aussi mental d’un individu. Toutefois, pratiquée en excès, elle favorise l’installation de conduites à risques. Une pratique intensive associée à une restriction alimentaire peut engendrer dans les cas les plus graves une anorexie mentale.

L’anorexie chez les sportifs, nommé aussi anorexie athlétique ou anorexia athletica. Environ 75 à 80 % sont des femmes. Elle regroupe l’ensemble des comportements alimentaires subcliniques que peuvent développer les sportifs dans les activités où le poids et/ou l’apparence physique sont un facteur déterminant de la performance.



Ces troubles alimentaires se développent majoritairement à un niveau de compétition élevé et plus particulièrement dans quatre types de sport : les sports esthétiques (danse, natation synchronisée), à catégorie de poids (judo, boxe..), endurants (course de fond et demi-fond) et à déplacements verticaux (patinage artistique).

Dans cet article, nous verrons d’abord le modèle comportemental qui provoque la bascule des sportifs dans les troubles du comportement alimentaire. Puis nous étudierons les facteurs de risque favorisant les troubles du comportement alimentaire chez les sportifs. Enfin, nous illustrerons ce propos au travers de quelques exemples et témoignages.

Le modèle comportemental qui peut expliquer la bascule des sportifs dans les TCA

Voici le modèle comportemental proposé par Epling et Pierce en 1988 que j’ai schématisé. Il explique le cercle vicieux susceptible de faire basculer un sportif de l’anorexie athlétique vers l’anorexie nerveuse et/ou autre trouble du comportement alimentaire.

schéma du Modèle comportement proposé par Epling et Pierce en 1988

En observant ce schéma, on comprend aisément qu’un cercle vicieux peut se mettre en place et faire basculer un sportif dans un trouble alimentaire. Ceci est bien sur fonction des facteurs de susceptibilité que nous allons aborder à présent.

Les facteurs de risque favorisant l’installation d’un trouble du comportement alimentaire chez les sportifs

L’anorexie athlétique est considérée comme un comportement alimentaire subclinique, c’est à dire que les personnes concernées n’ont pas encore basculé dans l’addiction ni dans un état de santé physique et mental maladif aussi sévère que l’anorexie mentale. Elles n’ont pas, ou pas encore, de symptômes identiques à ceux d’un trouble du comportement alimentaire tel que l’anorexie et/ou la boulimie.

L’hyperactivité physique, un facteur majeur favorisant un TCA

On peut définir l’hyperactivité physique comme une activité physique excessive, devenant répétitive et effectuée sans plaisir. Elle est motivée par la volonté de dépenser des calories et/ou d’obtenir un sentiment d‘autosatisfaction plutôt que de bien être (d’après Beumont). Elle est présente en général au delà de 6 heures par semaine, mais ceci est à nuancer en fonction de l’intensité et de la nature de l’activité physique. Les sportifs de haut niveau, n’ayant pas de TCA , ont souvent bien plus d’heures d’entrainement hebdomadaire. Chez eux, il n’y a pas cette notion de dépense calorique , de déplaisir ou de quête d’autosatisfaction.

L’anorexie du sportif se caractérise par une perte de poids consciente dans un but de performance, selon un processus global de planification d’entraînement de l’athlète. Ce dernier se soumet aux exigences de son sport et instrumentalise son corps.

L’anorexie athlétique est un trouble du comportement alimentaire atypique et n’est pas considéré comme anorexie mentale tant qu’elle reste subclinique (= infra clinique). C’est à dire tant qu’il n’y a pas de symptômes psychiques, de perturbation de l’image du corps et que ce trouble alimentaire est réversible et s’interrompt avec la pratique sportive. La nuance est parfois ténue, et la bascule peut être rapide.

Chez les personnes sportives hyperactives ayant basculé dans l’anorexie mentale, la pratique physique se déroule comme une routine solitaire,
quotidienne, de façon identique et aux mêmes heures
. Elles ne sont plus dans la recherche de plaisir, et s’exécutent par obligation, par obsession, plus ou moins accompagnée d’un objectif de perte de poids (liée à la performance et à l’image).
La prévalence de l’hyperactivité dans l’anorexie mentale est de 39 %à 50 % selon les études (1).

A noter que chez les hommes, il existe une forme encore plus particulière nommée anorexie inversée ou dysmorphie musculaire. Ceci se caractérise par des hommes sportifs qui souhaitent augmenter leur proportion de masse maigre, quelques soient les risques encourus pour leur santé. Ce TCA touche surtout les personnes pratiquant la musculation.

Les autres facteurs de risque susceptibles de provoquer des troubles alimentaires chez les sportifs

Les facteurs psycho sociaux

Les désordres du comportement alimentaire chez les sportifs sont favorisés par d’autres facteurs que l’hyperactivité tels que les facteurs psycho-sociaux, parmi lesquels on retrouve :

  • la pression du milieu sportif.

Les résultats d’une étude montrent que
pour 40 % des judokates, 46 % des cyclistes féminines
et 44 % des gymnastes et nageuses, la perte de poids
serait liée aux pressions qu’elles subiraient de la part
de leur entraîneur ou de leurs co-équipiers (étude de prévalence des TCA chez les sportifs français, menée en 2007 (1))

  • la pression sociale,
  • l’internalisation des normes sociales,
  • l’insatisfaction corporelle,
  • les affects négatifs
  • les comportements modélisés par les pairs et la famille (moqueries ou remarques entrainant un mal être physique et psychique)

    Les profils compétiteurs et perfectionnistes sont les plus à risque lorsqu’ils sont exposés à ces facteurs.
    L’arrêt du sport (accident, problème de santé ou éviction d’un entraîneur) est une porte d’entrée dans un TCA souvent oubliée mais clairement identifiée.

Les modalités des pratiques sportives

Les modalités de pratique de l’activité sportive peuvent favoriser la survenue d’un TCA plus grave que l’anorexie athlétique à savoir :

  • la fréquence et la charge des entraînements (le surentrainement),
  • le commencement prématuré d’un entraînement spécifique (favorisant les formes d’anorexie pré-pubères),
  • la restriction alimentaire conseillée,
  • la pratique intensive malgré les blessures

L’internalisation de l’idéal minceur

Les disciplines sportives les plus esthétiques sont les plus représentées.
En effet, la minceur constitue une norme corporelle considérée comme nécessaire dans la gymnastique, le patinage ou encore la danse.

Les témoignages de sportifs qui ont basculé dans un trouble du comportement alimentaire plus sévère que l’anorexie athlétique

Une triathlète ayant basculé dans un trouble du comportement alimentaire

Marine Leleu, triathlète, coach sportive et première française à réussir l’Enduroman, confie avoir souffert d’anorexie mentale. Elle a dû être hospitalisée plusieurs fois.

5ème minute : la triathlète se confie sur l’anorexie qu’elle a combattu pendant une période

Marine a également écrit un livre (bien dans la tête et les baskets de Marine Leleu) dans lequel elle évoque brièvement son épisode d’anorexie mentale.

Retrouvez aussi un excellent article de la psychologue clinicienne et psychologue du sport à l’INSEP Lyse Anhoury-Szigeti : anorexie et sport de haut niveau, danger et solutions. Elle décortique avec précision les liens entre anorexie et sport de haut niveau.

Un footballeur ayant basculé dans un trouble du comportement alimentaire

Thomas Pouteau, a pratiqué le football à haut niveau, en centre de formation dans un cursus sport-études. Une pubalgie le contraignant au repos prolongé au foot, un décès dans sa famille puis son éviction du stade de football levallois ont été des facteurs déclencheurs dans la maladie. Comme il nous l’explique dans cette vidéo, le sport a été chez lui à la fois un des facteurs précipitant dans la maladie mais aussi salvateur. Pour lui, le sport doit rester une passion sans tomber dans l’obsession.

Thomas Pouteau a écrit le livre ‘je reviens d’une anorexie« . Son livre est référencé aussi dans mon article de blog intitulé bibliographie.

Une athlète de course de fond atteinte de TCA pendant plus de 15 ans

Enfin, je vous conseille vivement la lecture du témoignage d’Elisabeth Grousselle, article rédigé par le Nouvel Obs en 2012. Elisabeth est une athlète française ayant pratiqué le demi fond et est ancienne demi-finaliste des JO d’Athènes en 2004. A la fin de sa carrière sportive, elle a dû être hospitalisée pendant deux ans pour sortir de ses TCA.

Elle cite :

« J’ai décidé de raconter mon histoire pour dénoncer la montée en puissance des troubles du comportement alimentaire chez les sportifs de haut niveau. Un phénomène qui progresse, mais qui est trop souvent ignoré par tous ceux qui nous réclament des médailles. »

L’anorexie est un sujet tabou dans le sport.

Il faut savoir que les coureurs ont une prévalence de troubles alimentaires 10 fois supérieure à la population générale.


Retrouvez une histoire similaire à celle d’Elisabeth ici.

En conclusion, l’anorexie mentale du sportif s’apparente à l’anorexie mentale plus typique. Mais elle diffère par le fait que la personne ne souffre pas de distorsion de son image (sauf à basculer du côté de l’anorexie mentale) mais souhaite atteindre l’idéal de corps athlétique. L’anorexie du sportif touche globalement les femmes (environ 75/80 %) âgées de 15 à 35 ans pour la plupart. Elle est responsable de carences nutritionnelles, et de complications orthopédiques (fracture de fatigue, tassements de vertèbres, tendinopathies plus fréquentes, crampes, blessures musculaires…). Elle occasionne aussi aménorrhée et ostéoporose.
La prévention est importante avec dépistage précoce des athlètes au cours de bilans biologiques (3).
Les traitements reposent sur une approche nutritionnelle personnalisée à l’athlète. L’apport protido-calorique doit être adapté ainsi que celui en micronutriments. Une approche cognitivo-comportementale est également nécessaire. Il s’agit d’évaluer les pensées dysfonctionnelles, la fatigue et la baisse des performances liées au surentrainement et une nutrition inadaptée, et les troubles dans la vie sociale du sportif.

Sources :

1/L’anorexie et l’activité physique, une relation ambiguë (researchgate.net)
2/Les troubles du comportement alimentaire chez le sportif – Persée (persee.fr)
3/Partie 4 : repérer un TCA | La médecine du sport (lamedecinedusport.com)
4/Trouble du comportement alimentaire et sport (nicolas-aubineau.com)
5/Anorexie et sport de haut niveau : dangers, solutions – Women Sports
6/Anorexie mentale, boulimie, compulsions alimentaires et troubles du comportement alimentaire – Anorexie du sportif – Association Autrement (anorexie-et-boulimie.fr)
7/Sport et troubles du comportement alimentaire : les liaisons dangereuses ? | Psychologies.com
8/24577.pdf (edimark.fr)

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